PORTRAIT – L’organiste de la célèbre cathédrale de Paris, Olivier Latry, vient d’enregistrer la musique de Bach sur cet instrument exceptionnel. « Bach to the Future » souligne la modernité de Bach et l’intelligence musicale de Latry.

Les amateurs de gros son ne le savent pas : un instrument rivalise avec leurs enceintes, et ce depuis des siècles. L’orgue de Notre-Dame de Paris envoie 110 décibels avec du bois, de l’air et des tuyaux (8000 tout de même !). Assis à sa console, Olivier Latry, organiste titulaire du Grand Orgue de Notre-Dame de Paris, produit le volume sonore d’un avion au décollage !

Son bureau a été construit un peu avant 1330. Son outil de travail – signé du Français Cavaillé-Coll, prestigieux facteur (ou fabricant d’instruments) – compte huit mille tuyaux. Il joue à plus de vingt mètres du sol, au-dessus du passage de quelque treize millions de visiteurs par an…

Quand les touristes sont partis

« On ne peut pas oublier où l’on est » résume Olivier Latry devant l’immensité de la nef qui s’ouvre devant lui. « Sinon, la Cathédrale nous le rappelle rapidement : il y a entre sept à neuf secondes de réverbération. C’est comme si une chanteuse faisait un concert dans sa salle de bain sauf que Notre-Dame est une très grande baignoire ! Il faut y penser pour la clarté de la musique, mais on l’apprend sur le tas. »

Olivier Latry / DolceVolta

Caché à la tribune, l’organiste est le plus discret des musiciens. « Il est pourtant le plus instruit, rappelle Latry qui enseigne l’orgue au Conservatoire national de Paris. « Souvent un organiste connaît le piano ou le clavecin, voire les deux, et il joue d’un instrument capable de rivaliser avec un orchestre ». Tel un synthétiseur gargantuesque, un orgue peut en effet jouer des sons de flûte, voix humaine, cloches, cymbales… Les grandes orgues de Notre-Dame possèdent 115 jeux et autant de combinaisons possibles… Dans son dernier disque, « Bach to the future » (La Dolce Volta), Olivier Latry surprend en glissant bourdon et clochettes dans la fameuse « Toccata et fugue en ré mineur » de Jean-Sébastien Bach. De disque en disque, Olivier Latry a prouvé son intelligence musicale et son ouverture vers la modernité, (avec une très belle intégrale des œuvres d’Olivier Messiaen notamment). Il ose jouer Bach, le luthérien baroque, sur un instrument du XIXe, au cœur du catholicisme!

Un job qui paye les clopes

Latry s’entraîne à 19 heures, une fois que les touristes ont laissé Notre-Dame silencieuse. « C’est l’avantage du job », souligne celui qui accompagne les messes dix-sept week-ends par an, mais aussi les enterrements de célébrités (avec Yves Devernay, Philippe Lefebvre et Jean-Pierre Leguay, également organistes titulaires du Grand Orgue de de Notre-Dame). Latry joue depuis trente-trois ans à Notre-Dame et ne s’en lasse pas. « J’avais 23 ans quand j’ai gagné le concours pour être titulaire. Je ne m’y attendais pas. » Ce poste est « une mission de prestige » bien qu’il « paie les cigarettes » selon la boutade d’un des prédécesseurs de Latry à Notre-Dame. « Avec l’augmentation du prix du tabac, heureusement que je ne fume pas », s’amuse l’organiste.

Avec un agenda fixé jusqu’en 2022, Olivier Latry est reconnu dans le monde entier pour ses interprétations et improvisations. Il avait marqué les esprits en improvisant autour de « La Marseillaise » lors de la messe en mémoire des victimes des attentats de 2015. Tout jeune, il avait surpris un vieux confrère venu l’écouter. « Vous avez joué un choral de Bach, mais lequel ? », a interrogé le maître. Et Latry de répondre simplement : « Oh non, ça c’est moi »…

Au disque : « Bach to the future », Olivier Latry. La Dolce Volta. Prochaine messe à l’orgue de Notre-Dame : le 14 avril.