COMPTE-RENDU – A quelques semaines du lancement de la deuxième édition du Printemps de la Grange du 17 au 19 mai, festival de piano devenu institution, nous sommes allés prendre le pouls un soir d’avril à la Grange au Lac, à l’occasion du concert de l’Orchestre de chambre de Lausanne et du pianiste Lucas Debargue, lauréat des Victoires de la musique 2018.

Un « écrin de bois ». Voilà comment la Grange au lac est décrite un peu partout. Voilà de quoi intriguer. Selon où l’on habite, c’est une salle qui se mérite. Pas citadine pour un sous, la Grange porte bien son nom. Cachée au milieu des arbres, entourée de montagnes, ses sheds en bois (toiture en dent de scie caractéristique des bâtiments industriels, ndlr) font office d’étoile du berger pour orienter le spectateur, déboussolé devant tant de beauté. Il faut dire que situé au cœur de l’Evian resort, complexe hôtelier de luxe, l’auditorium ne pouvait en être autrement.

©MorganeBaghlali-Serres

Il est 19h55, le concert commence dans une dizaine de minutes. Le temps suffisant pour se caler confortablement sur les bancs en bois, rembourrés de coussins blancs. Lustres en cristal, bois du sol au plafond et même une forêt de bouleaux habille le fond de la scène : l’ambiance est déjà féérique. Une féérie qui atteindra son paroxysme à l’écoute de l’Orchestre de chambre de Lausanne, sous la baguette de son directeur artistique Joshua Weilerstein et de Lucas Debargue.

Après un délicat et émouvant hommage à Notre-Dame de Paris, Joshua Weilerstein lance les premières notes de Con Brio, ouverture de concert d’après Ludwig Van Beethoven (Jorg Widmann), autre hommage à un génie. Widmann s’inspirant non pas de ses notes mais de ses gestes et motifs, cette ouverture en grande pompe laisse entrevoir de manière contemporaine les esquisses de la Cinquième symphonie de Beethoven, troisième œuvre du programme. Les timbales sont grattées, les cordes effleurées et les vents tapés, comme revisités sous leur aspect le plus brut. Quand Lucas Debargue s’installe au piano pour la deuxième œuvre (Concerto pour piano n°23, Mozart), c’est une autre ambiance qui s’installe.

©AlinePaley

Plus latente, plus douce, comme une parfaite transition avec la Symphonie « du destin ». Tout en souplesse et en simplicité, ce virtuose du piano nous embarque dans une forme d’abandon et d’infinie tendresse en l’écoutant jouer sa version d’un concerto parmi les plus reconnus du Maestro. C’est précis, claire et spontané à la fois.

C’est tellement beau que le public en redemande. Par deux fois, Lucas Debargue reviendra sur scène, encensé par un public très réceptif, avant de laisser place, à l’œuvre reine de la soirée : la symphonie n°5 de Beethoven. Pom pom pom pom… Ces premières notes seront révélatrices d’une fin de concert en apothéose, aussi grandiloquente que romantique.

La fusion de musiciens d’exceptions en la présence de l’Orchestre de chambre de Lausanne et de Lucas Debargue ; d’œuvres majeures dont il est impossible de se lasser et de l’acoustique incroyable de la salle (assurée notamment par la gigantesque feuille argentée du plafond) aura bercée la soirée de magie. Alors quand on sait que la Grange au lac a été créée pour y accueillir un festival (les Rencontres Musicales d’Evian), on se dit que le Printemps de la Grange (17 au 19 mai), festival dédié au piano, devrait lui aussi être un moment féérique.

Concert de l’Orchestre de chambre de Lausanne et de Lucas Debargue, le 17 avril 2019 à la Grange au lac (74).

Le festival le Printemps de la Grange se déroulera du 17 au 19 mai inclus avec au programme : trois pianistes magistraux Leif Ove Andsnes, Sir András Schiff et Elisabeth Leonskaja, le Mahler Chamber Orchestra, le Jerusalem Quartet et, au Théâtre du Casino, Guillaume Bellom, Emmanuelle Swiercz et le Quatuor Zaïde. Pour plus d’informations ici.