INTERVIEW – Après le succès de la comédie musicale La La Land début 2019, c’est le ciné-concert du premier volet du Seigneur des anneaux qui s’annonce pour janvier 2020. Pour accompagner ce chef d’œuvre du cinéma fantastique, le chef Nicolas Simon dirige le Yellow socks orchestra, composé de plus de 75 musiciens ainsi que près de 200 choristes. Quelle est la recette d’un ciné-concert ? Réponse de Romain Martinière de uGo&Play, producteur du concerts.

Etes-vous spécialisé dans les ciné-concerts ?
uGo&Play est producteur de spectacles événementiels autour du cinéma. Depuis 2015, nous avons organisé des soirées spéciales au Grand Rex à Paris autour de la Trilogie Retour vers le Futur, Indiana Jones,  E.T. et, en 2017, pour les 50 ans des « Demoiselles de Rochefort ». Avant de projeter la comédie musicale de Jacques Demy, les spectateurs assistaient à une rencontre avec le compositeur Michel Legrand et à un concert des musiques du film sous sa direction. Nous avions déjà un petit orchestre sur scène. Pour La La Land en ciné-concert, il y avait 75 musiciens sur scène…

Est-ce vous qui choisissez le film ?
Oui et non. La proposition vient des sociétés de production – en majorité américaines – spécialisées dans la gestion des films, des musiques, des droits, etc. Elles réalisent le matériel du ciné concert et le proposent à des sociétés comme la notre… et négocient le prix.

Combien coûte un ciné-concert ?
Cela dépend du film, du nombre de représentations et du prix des places, mais disons autour de 100 000 euros par date environ. A ce prix, nous faisons très attention à ce que l’on programme. Par exemple, la Philharmonie de Paris programme en janvier et en mars, un cylce de ciné-concerts avec quatre épisodes de la saga Star Wars, suivant une volonté de Disney. C’est un pari risqué : les fans viendront sans doute voir tout le cycle mais les autres ? UGo&Play ne bénéficie pas de subventions pour absorber le manque du public éventuel.

De quoi a-t-on besoin pour faire un ciné-concert ?
Il faut d’abord dissocier la partie musicale des voix des acteurs. Pour des films récents, comme La La Land ou Le Seigneur des Anneaux, cela prend quelques minutes car les pistes sonores sont déjà enregistrées séparément. Pour des films anciens comme Mary Poppins, Casablanca ou ceux d’Hitchcock, il n’existe qu’une bande « aplatie » : de quoi s’arracher les cheveux ! Parfois même il faut refaire des bruitages, etc.
Ensuite il faut éditer toutes les partitions d’orchestre, pour chaque musicien ou presque, ainsi que tout ce dont le chef d’orchestre aura besoin pour synchroniser l’image et la musique, notamment un petit écran avec le tempo qui s’affiche sur l’image. Et puis, il faut le matériel spécial de la diffusion : dans l’Aréna, un écran démesurément grand, de presque 20 mètres ! Nous aurons deux projecteurs superposés au pixel près, au cas où il y en a qui tombe en panne… Ce qui ne nous ai jamais arrivé.

Vous avez créé un orchestre dédié aux ciné-concerts…
Oui le « Yellow socks orchestra », littéralement « l’orchestre aux chaussettes jaunes ». C’est une blague qui vient d’une convention syndicale encore en vigueur dans les orchestres français. Les musiciens ne doivent jamais porter de chaussettes blanches au risque d’avoir une retenu sur leur salaire ! Pour dépoussiérer l’image de l’orchestre, nous avons pris le contre-pied et donné aux musiciens des chaussettes jaunes et des collants jaunes pour les filles qui acceptent ! Les membres du Yellow socks orchestra sont recrutés dans les grands parisiens : Philharmonique de Radio France, Orchestre de l’Opéra de paris, Orchestre de Chambre de Paris, etc.

D’où vient le succès des ciné-concerts ?
Les spectateurs viennent d’abord car ils ont aimé le film et sa musique, puis pour l’orchestre sur scène qui apporte une grande émotion, le côté exceptionnel. Ils n’assisteraient pas forcément à un concert « classique » où la musique serait jouée seule par l’orchestre. Le ciné-concert une expérience troublante d’ailleurs : pris par le film, happé par les images, on finit par oublier qu’il y a 75 personnes qui jouent sur scène. Tout est tellement bien synchronisé ! Mais au moment du générique, le public réalise ce qui vient de passer et souvent se lève pour saluer les musiciens. Le ciné-concert est un tout, un produit étonnant surtout de cette envergure.

« Le seigneur des anneaux : la communauté de l’anneau » en ciné concert, le 02 janvier 2020 à Lille (complet), le 3 à Nantes (complet), le 4 à l’Arkéa Arena de Bordeaux, le 5 à la Halle Tony-Garnier de Lyon, le 7 à Aix-en-Provence, le 9 à Strasbourg et le 11 à Paris. https://www.u-play.fr/

Nb : Une partie de cet article est paru dans Sud-Ouest le 30 décembre 2018.