COMPTE-RENDU : Dans cet article, on vous dit tout de ce qu’on a pensé des moments clefs du Printemps de la Grange, un festival dédié au piano mais pas seulement. Lars Vogt, Sir Andras Schiff, Jerusalem Quartet, Elisabeth Leonskaïa… Les grands noms de la musique classique s’étaient donné rendez-vous le week-end du 16 mai dernier, dans la grandiose salle de la Grange au lac aux abords du lac Léman. Un week-end de poésie, costards et d’histoire!

On a aimé…

Les trois soirées de manière générale, chacune nous ayant transportée dans des univers différents.

Crédits: Franck Juery

Malgré la triste absence de Leif Ove Andsnes, souffrant, pour le concert d’ouverture (samedi 16 mai) avec le Malher Chamber Orchestra – qui faisait par ailleurs partie de la tournée de lancement du projet « Mozart Momentum 1785/1786 » – on doit reconnaître les talents mozartiens de Lars Vogt, et sa capacité étonnante à prendre la relève du pianiste norvégien au pied levé, sans qu’au fond de notre fauteuil, on n’ait la sensation d’être lésé. Installé au cœur de l’orchestre, dos au public, Lars Vogt joue en même temps qu’il dirige avec Matthew Truscott, premier violon, les œuvres prévues au programme.

Crédits: Franck Juery

Musique funèbre maçonnique, Concerto pour piano n°20 et n°21 de Mozart, Symphonie N° 83 « La poule » de Haydn… Une conversation – tantôt intimiste, tantôt grandiloquente – s’invite alors entre le pianiste et l’orchestre, considéré comme l’un des meilleurs du genre au monde. A la vue de leur complicité musicale et de leur bonheur à jouer ensemble ce répertoire exigeant, le charme opère.

Au cœur de ce week-end, celui qui nous apparaît comme LE sage du clavier, Sir András Schiff a quant à lui illuminé la Grange au lac de sa grâce. La légende veut que lorsqu’il passe, tous les bruits trépassent. Maître du clavier comme du silence, il ne fait qu’un avec son Bösendorfer à qui il rend hommage avant même d’humblement saluer le public.

Crédits: Franck Juery

Ce soir-là, ce sont deux siècles de compositeurs allemands qui prennent alors vie sous son doigté d’exception. Mendelssohn d’abord, et sa Fantaisie Op. 28, où l’on apprécie la volupté du touché de Sir András Schiff et sa manière étonnante d’aborder avec retenue et poésie les élans du compositeur romantique. Beethoven ensuite, où les prémisses romantiques du compositeur s’incarnent dans cette sonate « A Thérèse » (opus 78), souvent délaissée par les pianistes, excepté Sir András Schiff qui aime redonner vie aux élans amoureux de Beethoven, à travers une délicate et juste interprétation.

Tout le long de ce récital marathonien (plus de deux heures de concert, un des concerts les plus longs du festival !) on sent le pianiste « possédé » par ceux qu’il fait revivre. Il en va de même pour Brahms (« Klavierstücke op. 76 » et « Fantasien op. 116 ») et pour Bach, dont la Suite anglaise n°6 viendra clôturer la soirée, une fin logique pour le spécialiste de Bach. A son apothéose en matière d’incarnation, Sir András Schiff maîtrise à la perfection la technicité et les multiples lignes mélodiques si chères au répertoire du compositeur classique. Au regard du festival (forcément, on finit par comparer les concerts), la performance de Schiff avait quelque chose de sacré.

Et pour finir ce festival en beauté, une grande dame du piano russe, Elisabeth Leonskaïa, et l’un des meilleurs quatuors à cordes au monde (Jerusalem Quartet), se sont succédé puis réuni. On a tremblé d’émotions à l’écoute du Quatuor en sol majeur op.76 du Jerusalem Quartet. Les entendre est une chose évidemment délicieuse, mais les voir ainsi liés en est une autrement plus renversante.

Crédits: Franck Juery

Sur la Sonate pour piano n°12 en fa majeur de Mozart, version Elisabeth Leonskaïa, l’autrice de ses lignes a presque failli pleurer. Et ce n’est pas une mince affaire pour de l’émouvoir avec Mozart mais sous les doigts de la pianiste russe, les phrases et détails techniques écrits par Mozart prennent une autre sonorité.

Crédits: Franck Juery

Précise, touchante, élégante, Elisabeth Leonskaïa brille par son intelligence musicale. On est éblouis! Et que dire du final, si ce n’est qu’on a ressenti une vraie plénitude. La complicité d’Elisabeth Leonskaïa et du quartet Jerusalem est évidente, et leur interprétation de la Quintette pour piano et cordes op.57 de Chostakovitch, intense.

On a moins aimé…

Le côté un peu trop aristocrate et pas assez populaire du festival. Bon évidemment, c’est le jeu du classique, mais pas toujours. On a déjà apprécié des concerts avec de grands musiciens, qui étaient moins tirés à quatre épingles. Là, on n’a même plus osé écrire de notes sur notre carnet, une fois qu’on s’était fait soufflé par notre voisin pour avoir tourné une page de papier… On a aussi un peu regretté la distance avec les artistes et l’absence de moments « off » à côté des concerts.