SAISON 19/20 – La Philharmonie de Paris propose une des programmations les plus foisonnantes et qualitatives du monde, dans un écrin à la hauteur de ses ambitions. Petit voyage dans les méandres de la nouvelle saison parisienne.

Après les pléthores physiologiques et les pléthores morbides, viennent, dans un ordre naturel, les pléthores cachectiques, qui elles-mêmes, à défaut de moyens spécifiques ou directs, ne sont pas sans présenter quelquefois l’indication des émissions sanguines. — (Armand Trousseau, H. Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale Volume 1, 1838).

Nous n’avons plus en mémoire l’usage médical du mot « pléthore », fort peu valorisant et désormais désuet. En outre, le siècle qui précède l’actuel a fait de l’abondance une vertu. Cependant, à la lecture du programme de la saison 19/20 de la Philharmonie de Paris, le qualificatif « pléthorique » qui a surgit dans mon esprit ne revêtait pas seulement un aspect mélioratif. Certes, un effort certain a été entrepris pour classifier et orienter le spectateur (notamment sur cette page), mais une sensation de confusion demeure.

Les sœurs Labeque

Et pourtant, il me parait impensable de ne pas m’y abonner, tant la salle du Nord-Est parisien est incontournable. Et puis j’habite sur la ligne 5 ; un trajet direct pour une sortie culturelle est toujours un avantage non négligeable pour un parigot… Alors j’essaie de trouver un angle pour attaquer cette vaste programmation, un angle du même genre que celui que j’ai pris au début de cet article avec l’acceptation vieillie du mot « pléthore ».

Et si je donnais mon coup de cœur à un des orchestres se produisant régulièrement à la Philhar ? Logique, lorsque l’on connait l’acoustique de cette salle. Vais-je choisir l’Orchestre de Paris, pour voir défiler les prétendants à la succession de Daniel Harding au poste de directeur musical ? L’ensemble intercontemporain, pour affiner mon goût pour la musique contemporaine ? Les Arts Florissants, pour guérir mon excès de romantisme ? L’Orchestre Pasdeloup, pour perpétuer la tradition ?

Joshua Bell

En pleine indécision, je m’aperçois alors que je suis plutôt du genre à craquer pour un soliste, une œuvre ou pour la combinaison de l’un et de l’autre. D’ailleurs, je porte immédiatement mon dévolu sur une combinaison purement française, celle des sœurs Labeque et du concerto pour deux pianos de Francis Poulenc. Le duo est associé à l’Orchestre de Paris, dirigé par la cheffe américaine Marin Alsop. Ce concerto est entré très tôt dans le répertoire des Labeque, qui proposent toujours une interprétation fortement clivante, à leur image. Autre association remarquable, celle du violoniste américain Joshua Bell et d’un des plus beaux concertos pour violon du répertoire, celui du compositeur finlandais Jean Sibélius. Une expérience ébouriffante. L’Orchestre de Paris sera dirigé, pour l’occasion, par la jeune cheffe américaine Karina Canellakis.

Je tourne les pages de l’épais livret la saison 19/20 de l’institution présidée par Laurent Bayle quand soudain, je sursaute. Oui ! Elle est programmée, la pianiste à qui je destine mes soupirs et dont je savoure les siens, la charismatique et vénézuélienne Gabriela Montero. Alors certes, le concerto pour piano n°1 de Tchaïkovski ne me transporte pas vraiment, mais avec Gabriela colorant le clavier et Mirga Gražinytė-Tyla à la tête de son Orchestre symphonique de Birmimgham (décidément, quelle belle place faite aux cheffes, cette année !), je tente volontiers le pari.

Gabriela Montero

Emporté dans mon élan, je clique sur Naqoyqatsi, dernier volet de la trilogie des Qatsi. Grand classique des ciné-concerts, cette trilogie de Godfrey Reggio marqua l’histoire du cinéma par l’absence de tout verbe, le discours étant porté par un montage dantesque, laissant une grande liberté à la réflexion du spectateur. La musique de Philip Glass est un élément indispensable à la dramaturgie de ces films, ici jouée en live par le Philip Glass Ensemble dirigé par Michael Riesman.

Enfin, comment ne pas être tenté par les quatre derniers et magnifiques lieder de Richard Strauss interprété par Diana Damrau, avec le Münchner Philharmoniker dirigés par Valery Gergiev ? Mais attention, il ne reste plus que quelques places…