COMPTE-RENDU – Ce samedi 13 juillet la Festival de Saintes a surpris ses fidèles par un concert-improvisation. Sur des basses obstinées des XVIème et XVIIème siècles, l’ensemble L’Achéron reprend une tradition baroque tombée dans l’oubli.

Et non, on n’improvise pas que dans le jazz… Il était courant à l’époque baroque que les musiciens, seuls ou en ensemble, laissent libre court à leur imagination ! Ils aimaient jouer des variations sur des basses obstinées de danses, comme des tarentelles ou des gaillardes, qui se répètent inlassablement, afin de laisser chacun s’exprimer, discuter gentiment, ou se disputer avec caractère, plaisir, et… vitesse ! Samedi soir à Saintes, les ribambelles de notes du violon de Marie Rouquié ou du cornet à bouquin de Lambert Maitre, deux membres de l’ensemble l’Achéron, ont enchanté le public.

L’ensemble, dirigé par le violiste François Joubert-Caillet avait invité pour ce programme des musiciens talentueux jouant des instruments pour le moins bizarres ! Sur scène, un cistre, cousin éloigné du luth ; des hautbois baroques et leurs cousines les doulcianes de différentes tailles au son rond et chaud… Sans oublier une magnifique harpe baroque au timbre brillant. Le concert fut aussi l’occasion de redécouvrir le timbre de Chantal Santon-Jeffery (entendue dans la même abbatiale l’an dernier dans Issé avec Les Surprises, voir notre article ici). La soprano a chanté avec douceur et sensibilité Si dolce e’l tormento et Lamento della Ninfa de Monteverdi, deux tubes de la musique baroque.

Bach, Mozart, Chopin, Brahms… Nombreux sont les musiciens compositeurs qui improvisaient régulièrement : et pas uniquement dans leur chambre ! Un certain nombre de pièces sont le fruit d’improvisations que le compositeur a voulu garder, à l’image des pièces pour théorbe de Kapsberger ou des préludes pour viole de Marais. Les exemples sont nombreux ! Ainsi, l’improvisation de ce soir sur la basse d’Espagnoleta commençait comme les variations pour guitare de Gaspar Sanz. L’imaginaire collectif est convoqué, et l’auditeur peut lui aussi imaginer un contrechant !

Cette pratique de l’improvisation est également présente dans le procédé de diminution : partir d’une chanson, à l’image de Doulce mémoire ou d’Une jeune fillette et y ajouter des ornements et des notes pour rendre la mélodie plus volubile ! Un peu comme une broderie virtuose modelée à partir d’un canevas simple.

Ce beau concert ensoleillé et chaleureux, haut en couleurs, aux mélodies allant « dans tout les sens » tel un feu d’artifice, semblait tellement simple à jouer ! Ne manquait qu’une chose : une scène pour danser les tarentelles et les chaconnes endiablées résonnant dans l’abbatiale !