COMPTE-RENDU – Ensemble belge, chantant en France sur des textes allemands et italiens : Vox Luminis pourrait être l’ensemble icône de l’union Européenne.

Au Festival de Saintes, on ne présente plus Vox Luminis. Programmés chaque édition depuis des années (souvenez-vous de leur premier festival en cliquant ici), l’ensemble de musique ancienne revenait cette année pour deux concerts mettant à l’honneur toutes les émotions de l’Europe baroque.

L’ensemble s’est d’abord produit le mardi 16 juillet avec un programme consacré aux motets funèbres de Bach. Changement de registre le 18 juillet avec des œuvres sacrées et profanes de Monteverdi, un parcours à travers les sentiments amoureux.

Bach mortel

Le concert du 16 fut marqué d’un motif funèbre. Ce moment d’émotion dramatique fut amplifié par le discours de Lionel Meunier et le bis dédié à sa belle mère, décédée quelques jours avant le concert. On ne peut que saluer le talent et la force de l’ensemble de réussir à jouer et partager leur douleur en musique dans un moment pareil. L’ensemble a su traiter les pièces dramatiques du compositeur baroque avec une clarté nécessaire à ce répertoire difficile d’accès, par son sujet comme son ambiance musicale. La voix qui lance « Komm, Jesu, komm », dans le motet de Bach BWV229, appelle Jésus à l’aide : « la force me manque de plus en plus ». Les trois premiers « komm » (« viens » !) sont montés vers le ciel de l’Abbatiale comme des cris du cœur. Dans le public, les gorges se sont nouées.

Monteverdi élastique

Face à ce concert aux accents mortuaires, celui du 18 était une franche rigolade. Le programme joué ce soir là offrait pourtant une palette d’émotions, de la joie aux pleurs.

Profane et sacrée, telle était la promesse du concert de Vox Luminis autour de Monterverdi. Un mélange audacieux mais parfaitement mené par l’ensemble. Les chanteurs passent de l’un à l’autre grâce à une mise en scène légère appuyant les textes des œuvres.

Comme à son habitude les Vox Luminis jouent aux chaises musicales. Chacun accourt sur scène lorsque la musique requiert sa présence, puis repart dès qu’elle n’est plus nécessaire. Pour accentuer la théâtralité des textes, les chanteurs ne rechignent pas à se mettre en scène. Ici, un duo amoureux joue à chat. « Belle comme ? » Demande la chanteuse, refusant l’attention de son Jules. L’amoureux transi ne renonce pas. « Belle comme toi » lui répète-t-il avant de lui voler un baiser.

Parfois la mise scène se fait plus dramatique. Lors de son majestueux solo du celèbre Lamento della Ninfa, la soprano Zsuzsi Tóth s’avance au devant de la scène tandis que ces compagnons de chant restent au fond du chœur. La soprano à la voix de velours enchante la scène avant de baisser la tête, éplorée d’un amour mort.