REPORTAGE – Depuis 20 ans, cet orchestre éphémère permet à des jeunes du monde entier de se former à la technique orchestrale, d’être dirigés par les meilleurs chefs du monde, de jouer avec les plus grands solistes… Une question demeure : pourquoi les Français ne connaissent-ils pas mieux le Verbier Festival Orchestra ?

« En France, les jeunes musiciens connaissent peu la Verbier Festival Academy alors qu’ils connaissent en général le festival », analyse avec pertinence Emma Gibout. Cette brillante violoniste française de 22 ans, étudiante à Berlin, passe sa troisième année à l’Academy. Elle y a acquis un tel savoir-faire qu’elle a été choisie cette année comme Concert-meister (premier violon) sur plusieurs programmes. « On a en général six programmes à travailler et pas des moindres, nous raconte la violoniste. « Symphonie de Bruckner, Lieder de Brahms et surtout La femme sans ombre de Strauss, un opéra très exigeant… et c’est Valery Gergiev (grand chef d’orchestre russe, ndrl) qui le dirige alors mieux vaut être au top. »

Le rythme est si intense que les académiciens sont accueillis par un coach sportif spécialiste de la Technique Alexander qui a pour but de les former aux bons réflexes posturaux. « Les jeunes musiciens savent qu’il leur faut faire quotidiennement des exercices, soupire avec bienveillance Christoph Bacher, coach et prof de yoga à Berlin, mais ils pensent qu’ils n’ont pas le temps… » Christoph leur donne quelques exercices à réaliser à des moments de creux, d’attente entre deux répétitions, entre deux mouvements d’orchestre. « Respirer, relaxer la nuque et le corps, plutôt que de s’avachir sur vos chaise », précise-t-il en mimant des gestes simples.

« Si vous leur demandez, la plupart des musiciens ne saurons pas vous dire quel jour nous sommes, s’amuse Samuel Goldscheider, responsable du VFO. Pendant un mois entier, ils travaillent sept jours sur sept, cinq à six heures par jour… » Les jeunes sont préparés par Derrick Inouye, chef d’orchestre régulier du Metropolitan Opera de New York, la maison lyrique d’où viennent la plupart des professeurs de l’Academy. Derrick les fait travailler en fonction du chef qui les dirigera. Cet été, la liste est alléchante : Valery Gergiev, Gábor Takács-Nagy, Hannen Lintu, Fabio Luisi, Lahav Shani, Leonidas Kavakos, entre autres. Ces chefs butinent avec joie l’énergie formidable de ces jeunes qui compense les faiblesses naturelles de leur jeune carrière.

Pour faire partie de cette aventure, Emma Gibout s’est rendue il y a quelques mois à Genève pour passer les auditions de l’Academy. Elle a déboursée 70 francs suisses (à peut près 70 euros) pour l’audition, quelques euros pour le voyage de Lyon… et c’est tout ce qu’elle sortira de sa poche pour se former pendant un mois à la pratique orchestrale. La Verbier Festival Academy est entourée d’un groupe de bonnes fées (de riches banques et autres mécènes privés) qui se mobilisent pour payer les professeurs, l’encadrement, les salles, le gite, le couvert du matin au soir et même quelques activités de détente pour ces jeunes.

La sélection est rude (1300 candidats du monde entier, 57 élus) mais Emma a bravé les difficultés car jouer dans un orchestre est son rêve. Patientons un peu avant de savoir quelle formation aura la chance de l’accueillir dans ses rangs.