COMPTE-RENDU – Après deux ans de travaux, le Théâtre du Châtelet, une des plus célèbres scènes parisiennes, rouvre ses portes avec Parade, un spectacle total, enraciné dans l’histoire de la salle et ouvert sur la ville et son avenir. Impressions de la répétition générale.

Zizi.

« Le point de départ a été de rendre hommage aux Ballets russes, c’était une période extraordinaire pour le Théâtre du Châtelet. »
Ruth Mackenzie, directrice artistique du Théâtre du Châtelet.

Vous est-il déjà arrivé de ressentir une impression de facilité lorsqu’un instrumentiste joue une oeuvre pourtant réputée difficile ? Avez-vous eu l’impression, alors débarrassé de l’éclat de la virtuosité, de mieux cerner certaines nuances de couleurs, certains schémas dans la structure de la pièce ? Certainement, certainement. Bien ! Mais avez-vous déjà ressenti cette même impression en regardant du cirque ? Zizi.

« Qui sait ce que vous trouverez dans le monde étrange et excentrique d’Erik Satie : des anges, des diables, des parapluies, des pianos, des cuisiniers, des clowns, de la musique, de la folie… et de l’absinthe. »
Martin Duncan, metteur en scène.

Vous est-il déjà arrivé de vous promener dans les dédales d’un théâtre historique ? Avez-vous alors eu la sensation de frôler des âmes d’artistes ayant oeuvrées dans le lieu ? Ce que l’on peut se sentir privilégié, à ce moment, n’est-ce pas ? Mais avez-vous déjà été confronté, dans les couloirs et annexes de la salle principale, à des installations réelles, faisant revivre les esprits de Cocteau, Picasso, Satie, Massine ? Zizi.

« A travers le cubisme, Picasso a inventé la déconstruction de l’image plane. Pour la rendre tangible, j’essaie de créer une version de cette « magie » avec des surprises spacio-temporelles. »
Elizabeth Streb, directrice artistique.

Vous est-il déjà arrivé d’appréhender, pendant quelques instants seulement, la beauté d’une musique contemporaine savante, presque cacophonique au premier abord ? Quelle félicité et quelle frustration cumulées ! Mais avez-vous déjà aimé sans décrocher une création musicale jouée par un des meilleurs ensembles spécialisés dans la musique contemporaine ? Zizi.

« Chut ! »
Le spectateur malplaisant de la salle, en réaction à des applaudissements du public, éructés entre deux mouvements, alors que la pièce jouée n’en comporte qu’un seul.

Vous est-il déjà arrivé d’assister, privilégié que vous êtes, à une répétition générale d’un spectacle phare de la rentrée culturelle ? Peut-être, peut-être pas. Vous imaginez-vous alors revenir pour la Première le 13 septembre, escorté par cent percussionnistes et une dizaine de « Marionetas gigantes » du Mozambique, formant une parade ouvrant l’intimité de la salle de spectacle aux vents de la cité ? Zizi.

« Se mettre à plat ventre, c’est bien. Toutefois, cette position est incommode pour lécher la main de celui qui vous donne des coups de pied dans le derrière. »
Erik Satie

A l’issue de Parade, l’expérience et grand public et exigeante proposée par le théâtre du Châtelet pour sa réouverture, on se sent tellement libre que l’on peut à nouveau dire – et écrire – «zizi» sans rougir.



Parade, théâtre du Châtelet, Paris, les vendredi 13, samedi 14, dimanche 15 septembre 2019. 10 à 89€. https://www.chatelet.com
Mise en scène : Martin Duncan
Avec notamment la compagnie Stéphane Ricordel, le groupe DakhaBrakha et STREB Extreme Action.
Musiques d’Erik Satie / Sir Harrison Birtwistle et de Pierre-Yves Macé, dans une création interprétée par l’Ensemble Intercontemporain.