CONCERT – Jeudi 26 septembre 2019, soirée mystique avec l’Orchestre de Paris, qui invitait pour la première fois la grande cheffe Susanna Mälkki, ébouriffante à la direction des Planètes de Holst. Soirée qui aurait pu également être mythique, si l’orchestre avait fait preuve d’un peu plus d’engagement aux côtés d’un Edgar Moreau remarquable dans le concerto pour violoncelle n°2 de Dvořák.

1930. Clyde Tombaugh découvre un nouveau corps céleste tournant autour du soleil, au-delà de l’orbite de la planète Neptune : Pluton. Malgré des caractéristiques insolites, les scientifiques considèrent Pluton comme la neuvième planète du système solaire.
2003. Éris, plus éloigné du soleil que Pluton et pourtant plus grand, est en lice pour devenir la dixième planète. Suivent Makémaké, Ocus et Sedna. S’oriente-t-on vers un système solaire composé de plusieurs dizaines de planètes ?
2006. Une nouvelle définition des planètes est adoptée par l’Union astronomique internationale. Pluton devient une planète naine. Le système solaire comporte officiellement huit planètes.
2019, 23 août. Jim Bridenstine, numéro 1 de la NASA nommé par Donald Trump, fait parti de ces scientifiques américains blessés dans leur ego patriotique – Pluton était la seule planète découverte par un étasunien – et affirme, sans argument scientifique, que « à mon avis, Pluton est une planète. » Il n’en fallait pas plus pour que l’on commence à parler d’un « syndrome Pluton»…

1912 et 1913. Gustav Holst (1874 – 1934), compositeur anglais s’étant déjà essayé à plusieurs inspirations et genres musicaux, a pour ambition de composer une grande oeuvre orchestrale, sans que le succès soit au rendez-vous (Phantastes et The Cloud Messenger furent notamment deux échecs marquants).
1914 à 1917. Gustav Holst, toujours déterminé, puise dans son attrait pour l’astrologie une inspiration nouvelle et compose The Planets, un poème symphonique à la structure particulière. A chaque mouvement correspond en effet une planète du système solaire et à chaque planète correspond une humeur distincte. Mars est celui qui apporte la guerre, Vénus celle qui apporte la paix, Mercure est le messager ailé, Jupiter celui qui apporte la gaieté, Saturne, celui qui apporte la vieillesse, Uranus est le magicien et Neptune le mystique. Cette personnification offre une liberté de structure remarquable dans la composition de la suite symphonique tout en garantissant une cohérence et un fil directeur.
1930. La découverte de Pluton n’incite pas Holst à composer un neuvième mouvement à la pièce qui a fait sa renommé, peut-être parce que celle-ci écrasait le reste de son oeuvre.

2019, 26 septembre, 21H40, fin du premier mouvement des Planètes à la Philharmonie de Paris. « Waaa ! Elle envoie, Mälkki ! » s’exclame une spectatrice très friande de Holst, idéalement placée en face de l’Orchestre de Paris. Mälkki, Susanna de son prénom, est la cheffe invitée du soir, une première pour cet orchestre, mais pas pour Paris, puisqu’elle a été directrice musicale de l’Ensemble Intercontemporain de 2006 à 2013 (gageons qu’elle reviendra rapidement à Paris, à la Philharmonie… ou dans une autre maison). Mälkki est aussi une des représentantes les plus renommées de l’école finlandaise de direction d’orchestre. Alors oui, en ce jeudi soir, Mälkki envoie. Mälkki maîtrise parfaitement ce répertoire. L’Orchestre de Paris est flamboyant, coloré, d’une précision extrême et sait s’abandonner aux élans mystiques de l’oeuvre. A ce titre, il faut saluer Holst de n’avoir pas écrit de mouvement pour Pluton, tant la fin du mouvement neptunien, caractérisé par un lent decrescendo de voix de femmes, projeté depuis les coulisses, entre en résonance avec l’idée que l’on se fait du vide stellaire, ou de l’Ether en tant que Dieu de la mythologie grecque, qu’Aristote décrivait comme un corps séparé de ceux qui nous entourent ici-bas « et possédant une nature d’autant plus noble qu’il est plus éloigné de ceux de notre monde.»
2019, 26 septembre, 22H20, une fin de concert avec les anges.

2019, 26 septembre, 21H15. Entracte. On est encore impressionné par la prestation d’Edgar Moreau dans le Concerto pour violoncelle n°2 de Dvorák. Quelle technique, quelle solidité ! Si certains peuvent regretter un manque de sensualité dans ce répertoire romantique, la très large palette sonore du violoncelliste, osant parfois l’acidité avant d’offrir la chaleur caractéristique de son instrument, confère à l’interprétation de Moreau une personnalité affirmée. L’orchestre, sans démériter, laisse cependant une sensation mitigée, avec des attaques et fin de phrases parfois imprécises et un manque d’engagement qui ne peut alors nullement présager la suite du concert. Quelle peut en être la source ? Un manque de répétitions ? Ou alors est-ce le « syndrome Pluton », l’ego de l’orchestre s’accommodant mal avec l’aura d’un jeune violoncelliste promis à devenir un maître ?

Jeudi 26 septembre 2019 – Philharmonie de Paris, Grande salle Pierre Boulez.
Antonin Dvořák, Concerto pour violoncelle n°2 en si mineur, op. 104.
Gustav Holst, Les Planètes.
Susanna Mälkki, direction.
Edgar Moreau, violoncelle.
Orchestre de Paris.