CRITIQUE – ARTE concert diffuse pendant un an l’opéra Les Indes galantes dans une mise en scène originale associant musique baroque et hip-hop. On a vu. On vous le recommande.

Tout commence en 2017. L’artiste contemporain Clément Cogitore et la chorégraphe Binto Dembélé réalisent une vidéo pour la 3ème Scène, la plateforme digitale de l’Opéra de Paris. Elle fait un carton sur les réseaux sociaux (500 000 vues sur YouTube). Un cercle de danseurs hip-hop y interprète, en semi-improvisation, la Danse des sauvages, extraite des Indes galantes de Rameau. La beauté esthétique et la force vitale qui s’en dégagent sont évidentes.

En toute logique Stéphane Lissner leur confie la mise en scène de l’opéra complet. Les Indes galantes se donnent sur le grand plateau de l’Opéra Bastille depuis le 26 septembre et jusqu’au 15 octobre, avec une projection en direct de la représentation du 10 octobre dans les cinémas UGC. Et ça fonctionne. À la succession de tableaux dansés et aux virevoltances musicales de l’œuvre répond la fluidité festive et physique du hip-hop. Il s’agit bien d’un divertissement au sens propre du terme, un détournement du regard qui casse les codes pour une grande réjouissance collective.

Malgré tout, occuper l’espace -qui est vaste à Bastille- et les trois heures de spectacle oblige parfois le metteur en scène à « tirer sur son pinceau ». Il en va de même pour les chanteurs, contraints de forcer leur puissance vocale et d’exagérer leur gestuelle. À noter la belle maîtrise de Sabine Devieilhe et la plénitude qui s’installe chez Jodie Devos. Les hommes rivalisent de rodomontades, exigées par leurs rôles. Le beau timbre de Mathias Vidal se distingue nettement et la présence physique de Florian Sempey est efficace. L’orchestre, la Cappella Mediterranea, dirigé par Leonardo García Alarcón, est en plénitude, avec de jolis effets de musiciens sur scène (un sonneur de cornemuse, un petit salon de musique, un flûtiste tout droit sorti du conte de Grimm, Le joueur de flûte de Hamelin).

Quelle chance ont les spectateurs qui n’ont pas de place pour Bastille : ils verront ces Indes galantes via Arte Concert (lien ici) : la réalisation (vive les gros plans !) gomme les effets de longueur et avantage la beauté des corps et des voix.