RENCONTRE – Elles ont pris leur nom de Giralomo Kasperger, compositeur du XVI° siècle et théorbiste virtuose. À l’issue de leur concert sur le Off du Festival de Sablé-sur-Sarthe, les Kapsber’girls ont répondu à nos questions.

Après s’être connues au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon où elles ont obtenu leur diplôme avec succès, les Kapsber’girls forment maintenant un quatuor à la recherche d’un nouveau répertoire. Elles ont ravi le public lors de leur concert en extérieur au festival Off à Sablé-sur-Sarthe, évènement de référence pour la musique ancienne !

Jouer de la musique ancienne en extérieur ce n’est peut-être pas l’idéal, non ?
En effet. C’était un défi… mais il en faut dans la vie ! Cela nous a fait sortir de notre zone de confort. Le public avait l’air content, c’est l’essentiel car nous aimons être avec les gens. Nous nous sommes concentrées, nous nous sommes fait plaisir, et c’est sorti tout seul !

Alice Duport-Percier (soprano), Albane Imbs (archiluth, théorbe, guitare baroque) à Sablé. Il manque ici Barbara Hünninger (viole de gambe) et Axelle Verner (mezzo-soprano).

Vous venez de présenter quelques exemples d’airs de cour. Comment définissez-vous ce genre ?
C’est un air qui parle d’amour, avec une voix donc et un continuo de caractère. Le sujet est noble. Le texte est très important, et durant la chanson nous l’ornons. Nous le sublimons à chaque reprise pour qu’il soit à chaque fois différent et que l’écoute soit renouvelée. Là, nous avons surtout fait des brunettes, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Des brunettes ? En effet, ce sont des histoires de bergères et d’amour léger ; c’est davantage pastoral. Ces brunettes, provenant du recueil de Ballard, ont été arrangées par l’éditeur lui même en les harmonisant pour deux ou trois voix. Il a aussi rajouté des couplets, en a enlevé, a écrit des ornementations… Ballard a fait sa vinaigrette à partir des airs qu’il a recueilli dans cette anthologie qui compte 507 airs, et dont les plus anciens datent du 13ème siècle. Il a appelé ce répertoire les brunettes dans une préface, en référence à un air qu’on a joué au début du concert qui dit « Petite brunette, tu me fais mourir d’amour. »… So romantic !

Dans le programme que vous avez joué se trouvent des pièces d’Élisabeth Jacquet de la Guerre, de Julie Pinel… Est-ce important pour vous de jouer des pièces de compositrices ?
Jouer des pièces qui sont peu ou pas présentées est pour nous important ; il se trouve que dans le répertoire il y a beaucoup de femmes qui ont étés oubliées de l’histoire, et leur œuvre est aussi belle et intéressante que celle des compositeurs. Est-ce que c’est parce que ce sont des nanas que nous les jouons ? Nous sommes tentées de dire que la musique compte beaucoup pour nous, mais si en plus elle a été écrite par une femme, on fait une pierre deux coups !

Vous ajoutez des explications dans votre spectacle, est-ce crucial ?
Oui, c’est primordial si on veut faire adhérer le public à des œuvres inconnues. De manière simple, avec trois phrases, car il ne s’agit pas de noyer le public dans des commentaires intellectuels, ils sont là avant tout pour passer un bon moment. Nous pensons que si on ne le fait pas, nous allons paraître être des OVNIS pour les personnes qui ne savent pas ce qu’est un théorbe, une brunette, des cordes en boyaux …

Comme les cordes de la viole de gambe de Barbara. Que dites-vous au public à ce sujet ?
… que sont des boyaux de mouton, les mêmes qui servent à faire les saucisses ! C’est assez fragile car c’est organique, ça s’abîme vite et c’est sensible à l’hygrométrie (l’humidité !). Ça se désaccorde très vite, surtout en extérieur. Mais c’est tellement beau quand c’est bien joué !

A quand un premier CD ?
En janvier 2020, avec notre programme des Villanelles de Kapsberger, notre répertoire de prédilection !