REPORTAGE – Un récital classique évoluant en soirée électro dans la cour d’honneur de l’Institut de France : une proposition artistique qui peut paraître contradictoire. Pourtant il n’en est rien, et c’est le Chancelier du lieu, Xavier Darcos, qui nous le dit.

Le week-end dernier c’était Nuit blanche à Paris. J’aurais pu pédaler sur le périphérique, relier en courant différents monuments au cours de la Grande traversée, participer à un karaoke géant à l’Opéra-Comique, écouter l’orchestre de la Garde républicaine aux Invalides (et voir au passage l’exposition Les canons de l’élégance) ou encore assister à une nuit de l’orgue à la Philharmonie de Paris. J’ai préféré me rendre à l’Institut de France, quai de Conti. Il faut dire que l’annonce était intrigante : Le pianiste Simon Ghraichy et ses amis, pour un programme sur mesure évoluant du concert classique à la soirée électro, de 21h à 04h.

Le marathon musical d’un pianiste aventureux, dans la cour d’honneur de l’institution qui héberge sous sa coupole les cinq Académies ? Plutôt gonflé ! Et pourtant complètement assumé par son Chancelier, Xavier Darcos : « Nous étions très contents d’attirer 6 000 personnes dans une nuit autour d’un pianiste classique. Simon Ghraichy (voir son interview perchée ici), un musicien qui sait tout faire, a relevé ce défi. On ne va pas reprocher aux gens d’être éclectiques. Les Académies le sont ! Nous y avons toutes sortes de compétences, de la danseuse à l’astrophysicien. La section de composition musicale, par exemple, a des gens aussi différents que Thierry Escaich ou Édith Canat de Chizy, qui représentent deux types de musiques. Nous sommes heureux de cet éclectisme et nous devons le manifester. » 

Mais que sait-on de l’Institut de France ? Sa coupole est visible le long de la Seine, face au Louvre. Le dictionnaire s’y élabore patiemment depuis 1694. Les Académiciens qui y travaillent sont tous immortels, voire perpétuels … On les identifie par leurs sabres ouvragés et leurs habits aux revers brodés de soieries. Mais encore ?

À sa tête depuis dix-huit mois, Xavier Darcos entend le faire mieux connaître : « L’institut de France est une maison très ancienne, fondée après la Révolution dans la foulée du Siècle des Lumières. L’idée était alors de rassembler dans un seul et même lieu l’ensemble de ceux qui, par leurs compétences culturelles, intellectuelles ou artistiques pouvaient éclairer la Nation. En 1795, on parlait même d’un parlement des savants, à côté du parlement politique. »

Cette vocation première, Xavier Darcos cherche à la retrouver. Il souhaite entretenir la flamme de ce qui appartient à la culture et à l’histoire mais également soutenir ce qui, aujourd’hui, est à l’œuvre dans la réflexion collective : « Des gens doivent avoir envie d’y rentrer, de voir ce qui s’y passe. Pour cela nous ouvrons le Quai de Conti le week-end, nous organisons des conférences dans l’Auditorium, nous avons des manifestations qui attirent du monde. Nous faisons visiter nos lieux très régulièrement par des élèves, nous changeons notre mode de communication extérieure, sans oublier les événements organisés dans nos nombreuses propriétés, coûteuses et méconnues, pour y attirer l’attention des décideurs locaux, comme au Château de Chantilly ou à la Villa Kerylos, près de Nice. Nous sommes au pas de charge. Ça avance vite mais le sujet est énorme. »

Cette ouverture au monde et au pluralisme a été manifestée par Simon Ghraichy et ses amis, qui sont allés au contact du public, dans ce joyau de l’architecture baroque. Il y a eu de la magie avec la mandoline de Julien Martineau (voir son interview perchée ici), de la délicatesse dans le duo que Simon Ghraichy forma avec la violoncelliste Olivia Gay, du temps suspendu avec la danseuse soufie Rana Gorgani, et enfin du rythme et de la danse avec les samples de Louis Lacoste en fusion avec les scansions harmoniques du pianiste !

Comme dit Xavier Darcos, « la vérité est complexe, multiface. La signification du vrai n’est possible qu’avec la diversité des approches. »

Crédit photos : Didier PERON