COMPTE-RENDU – C’est un week-end un peu fou que j’ai passé dans la Baie du Mont Saint-Michel, entre musique sacrée, mer grise et patrimoine. Carnet de voyages

A peine arrivés en gare de Dol-de-Bretagne, on est dans le bain. Des tuiles grises, du vent marin, des nuages, et des mouettes. Après un peu de route, on aperçoit le haut Mont Saint-Michel, dont la silhouette se détache du ciel. En y arrivant, outre le chemin des touristes que l’on croise – tout comme nous, ils ne savent pas où donner de la tête devant la beauté du site – , il règne une atmosphère spéciale de tranquillité et de sérénité. La Baie qui s’offre à nous à marée basse dévoile des nuances d’une subtilité extraordinaire de bleus et de gris. Ces mêmes nuances, de même que cette ambiance calme, on les retrouvera dans les moments musicaux que René Martin s’est appliqué à affecter avec intelligence à chaque lieu, à chaque chapelle…

Pèlerinages

Le Mont Saint-Michel est connu pour son pèlerinage religieux qui a lieu depuis des siècles et le simple fait de venir à ces concert est en soi un pèlerinage, d’autant qu’il révèle un territoire encore assez fermé. Le festival ViaAeterna prend parfaitement sa place. Cette ambiance de calme, d’isolement et de spiritualité influence les concerts proposés pendant deux week-ends dans les villages de la Baie et met en lumière patrimoine et musiciens d’exception. En effet, chacun prenait le temps de rencontrer le public, de lui jouer un programme parfaitement en osmose avec ce lieu sacré, sans oublier la nature, très importante ici. Ainsi, l’ensemble Artifices a fait chanter toutes sortes de petits oiseaux dans l’église de Saint-Pair-sur-Mer. Rossignols, poules, coqs et cygnes, tous jacassaient avec virtuosité, alors qu’à l’extérieur la pluie tombait !

L’ensemble Artifices, dirigé par Alice Julien-Laferrière

Finir en apothéose !

Je me suis rendue compte que René Martin avait réussi son œuvre lors de la journée marathon du dimanche 6 octobre l’Abbaye. Avec plus d’une vingtaine de concerts programmés sur dix heures, les musiciens tournent… tout comme le public. L’Abbaye est en émulation. Je bénis l’aide précieuse des bénévoles, qui, tout sourire, m’aident dans mon pèlerinage, à la recherche de la chapelle cachée ! Dans les espaces magiques de l’abbaye, des bulles musicales sont créées avec la grandeur des chants russes ou un récital intimiste de guitare.

A ViaAeterna, les cultures sont mêlées. D’abord éparpillées dans les églises de la Baie, elles se sont retrouvées pour une dernière journée au Mont-Saint-Michel. Ainsi, le violoncelle arménien d’Astrig Siranossian côtoyait l’œuvre de Heinrich Biber, la musique irlandaise des Curious Bards et la Missa Criola de Ramirez, sans oublier le piano romantique !

Le violoncelle mêlé au chant arménien d’Astrig Siranossian a envoûté le public …

On a testé pour vous … le Piano silent !

Reproduire la déambulation silencieuse des moines dans le cloître ? C’est le pari un peu fou qu’a proposé le festival au public avec le dispositif mis au point par Yamaha, le piano silent. Livré … par hélicoptère, l’instrument fonctionne par wifi : l’artiste joue – j’ai pu écouter deux figures montantes du piano, Nathanaël Gouin et Tanguy de Williencourt – et le public écoute dans un casque mis à sa disposition. « C’était une expérience géniale, nous confie un festivalier, on planait. Tout le monde semblait heureux et charmé dans ce cadre magnifique, et la qualité sonore du dispositif est superbe, on aurait dit un piano acoustique. ». Cette belle innovation – conçue au départ pour ne pas déranger les voisins ! – permet une nouvelle écoute de la musique classique.

Poésie et spiritualité, on fait de cette troisième édition de ViaAeterna un voyage magnifique. Baignée par le musique et l’âme du lieu, je n’ai finalement pas vu la pluie !