COMPTE-RENDU – Le week-end dernier la pianiste franco-géorgienne Khatia Buniatishvili programmait la 14ème édition de Pianoscope à Beauvais, dans l’Oise. Une occasion unique de découvrir cette pianiste hors-normes, entourée d’amis musiciens.

Je n’irai pas par quatre chemins : Khatia Buniatishvili a ravi mon cœur, et j’aimerais balayer d’un revers de main tout propos grincheux supposant qu’elle utilise à son avantage ses attributs physiques. Certes elle est belle, tout en ultra-féminité, mais c’est avant tout une pianiste de haut vol, appartenant à la catégorie des grands fauves. Brillante et conquérante dans les concertos de Rachmaninov avec orchestre, elle saisit de manière sublime les « divines longueurs » de la sonate D960 de Schubert. Sa palette d’émotions est immense et ses moyens techniques sont illimités. Peu d’interprètes s’immergent à ce point dans chaque pièce pour en dégager la moindre variation d’humeur et de dynamique. Son engagement physique et émotionnel est total, au service de l’intention du compositeur.

Et si cela ne suffisait pas, une autre dimension de son talent est apparue à Beauvais, lors du concert de clôture de Pianoscope : sa capacité à transmettre et à galvaniser ses partenaires de jeu (musical s’entend). Lorsque sa sœur Gvansta joue en quatre mains avec la jeune pianiste géorgienne Ana Bakradze, le résultat est charmant et bien mené. Mais lorsque Khatia Buniatishvili joue avec l’une puis l’autre le relief, la fougue, la brillance et le plaisir apparaissent. Une musique libérée, décorsetée en somme, à même de s’exprimer en plénitude.

Sans parler de ses duos avec Emmanuel Pahud (flûte), Thomas Enhco (piano) et Frédéric Arnault (piano), où elle met son tempo intérieur en phase avec celui de son acolyte, pour une fusion intime des deux musicalités. À tel point qu’elle peut se payer le luxe d’improviser brillamment sur la belle pièce de Thomas Enhco, You’re Just a Ghost.

Libre je vous dis. Et ayant les moyens d’assumer cette liberté, chose rare en musique classique …