FESTIVAL – Il y a des festivals qui, encore jeunes, ont déjà l’étoffe des grands, avec une atmosphère bien à eux, des concerts de qualité, et un public fidèle et ravi ! C’est le cas des Concerts d’automne à Tours, qui s’inscrit dans un paysage déjà très enclin à la culture, et à la musique ancienne ! Nous y étions.

Dans le hall du Grand Théâtre de Tours, l’impatience du public, nombreux, est palpable, comme cela pourrait être le cas pour une grande soirée d’opéra ! Voila sans doute la plus belle réussite du festival : savoir éveiller la curiosité de ses spectateurs. Car chaque concert est un spectacle et un moment unique.

Le gala classique du Concert de la Loge

On parle beaucoup de la reconstitution historique de la musique baroque, mais assez peu de cette démarche pour la musique de l’époque classique. Le Concert de la Loge de Julien Chauvin y a remédié en présentant ce soir-là, pour l’ouverture du festival, une Symphonie parisienne de Haydn, des arias de Mozart chantés par la diva Karina Gauvin – qui a su offrir au public ses plus belles vocalises – et … le Concerto pour piano n°17 k. 453 de Mozart sur instrument ancien.

En effet, Justin Taylor, que nous connaissons davantage au clavecin avait apporté son piano-forte (datant de 1792) pour interpréter le concerto. Le son tendre et chaud de l’instrument, ce nouvel équilibre entre les deux entités a en effet permis de redécouvrir cette œuvre sous un nouveau jour ! L’ambiance de salon mondain que Julien Chauvin, toujours dynamique, voulait recréer pour cette soirée a séduit plus d’un !

Le triomphe des Accents de Thibault Noally

L’ensemble de Thibault Noally s’est attaqué à une oeuvres magistrale de Haendel, Le temps du triomphe et de la désillusion (Il trionfo del tempo e del disinganno en v.o.) qui y applique tout ce qu’il a appris en Italie. A une époque où l’opéra est mal vu, l’oratorio semble être la seule possibilité pour les compositeurs de composer des œuvres dramatiques pour la voix et l’orchestre.

Après une ouverture énergique, où le suspens règne, les chanteurs entrent en scène. On passe vite un premier air peu convaincant pour écouter la soprano Rachel Redmond s’illustrer magnifiquement dans le second. L’alto, Anna Bonitatibus, possède une dextérité exceptionnelle dans les passages graves. Le ténor Carlo Vistoli, lui, une précision géniale lors des sauts d’intervalles, tandis que le basse Victor Sicard campe un très beau méchant ! Ces quatre comédiens illustrent parfaitement le sens de l’œuvre, avec un fabuleux travail sur le texte de sorte que nous puissions comprendre les mots. A noter également le dépouillement, l’absence d’ostentation, la grâce et la justesse du propos et de l’énergie qui était insufflée par le violon de Thibault Noally, des qualités partagées par l’ensemble.

Rythmes endiablées en compagnie de l’Arpeggiata !

Il y a des concerts si étonnants qu’on ne sait comment les décrire … Comment commencer ce billet ? Sinon vous dire que ce concert, durant lequel Christina Pluhar a su créer un lieu commun où chacun des musiciens, qu’ils viennent, du jazz, du baroque ou de la musique populaire sud-américaine ou même du konakol indien, a pu improviser. Si près des grilles de jazz, les basses obstinées de chaconne et les danses indiennes ont su animer cet après-midi. La voix douce de l’alto Vincenzo Capezzuto a résonné à celle de Céline Scheen, magnifique soprano qui chante aussi beaucoup avec le Banquet Céleste. Mais notre belle découverte de cette journée là est la voix terriblement séduisante et rassurant de Luciana Mancini !

Ce beau festival qui présente des artistes de haut-vol continue jusqu’au week-end prochain, avec la Petite Messe Solennelle de Rossini et Didon et Énée du compositeur anglais Henri Purcell ! Courez-y !

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Crédits photo : Rémi Angeli