INTERVIEW – Depuis dix ans, le chef d’orchestre français fait les belles heures du Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Entre des Dialogues des carmélites d’anthologie et un Barbier de Séville surprenant, Jérémie Rhorer propose une approche nouvelle et brillante des opéras de Mozart, d’Idoménée à Don Giovanni. Du 26 novembre au 8 décembre, il s’installe à nouveau dans la salle parisienne avec son ensemble Le Cercle de l’Harmonie pour une nouvelle production des Noces de Figaro mise en scène par le cinéaste américain James Gray.

En 2007, Théâtre des Champs-Élysées vous confiait Les Noces de Figaro (en version de concert). Vous les retrouvez ce mois-ci. Comment a évolué votre rapport à l’œuvre ?

J.R. : C’est comme dans la vie : on a beau se documenter, se cultiver, certaines choses ne s’apprennent qu’avec l’expérience. Il y a dix ans j’ignorais – et j’ignore encore beaucoup – comment transmettre mes idées musicales aux chanteurs. Pour donner un éclairage psychologique à un personnage, je pouvais m’appuyer sur la science de composition de Mozart, sur une compréhension de l’harmonie… mais je sais à présent comment transmettre cela à un chanteur avec les mots du cœur ! Prenez la Comtesse par exemple. Elle est l’incarnation des relations qui s’étiolent avec le temps, d’une absence de contrôle sur les évènements de la vie, d’une fragilité, d’une vulnérabilité. En avançant dans la vie, j’ai compris que la compréhension de Mozart des êtres humains – et c’est sa grandeur – passe par les femmes.

Comment cela se concrétise-t-il musicalement ?

J.R. : Le duo entre Susanna et le Comte, en ouverture du 3ème acte est un bel exemple. Pour exprimer musicalement l’embarras et l’incertitude de Susanna harcelée par le Comte Almaviva, Mozart insère une transition purement musicale, serpentine et instable… Au moment où Susanna trouve l’expédient, il réinstalle comme par enchantement la stabilité musicale originelle. Cette fusion géniale du trouble psychologique et du rebond théâtral est une dimension essentielle des Noces de Figaro.

Faites-vous encore des découvertes dans ces Noces ?

J.R. : Oh oui ! Servir la musique n’est jamais fini : voilà ce qui me pousse à adorer ce métier. La musique me nourrit en permanence. A l’occasion de ces Noces, j’ai eu l’intuition concernant le magnifique air de Barbarine « L’ho perduta ». Cet air a toujours été un peu mystérieux, on se demande pourquoi on y ressent une telle identification de Mozart. Je suis convaincu que Mozart y évoque l’amour perdu avec Aloysia Weber dont on sait qu’il l’a profondément heurté.  Cet air est une confession intime, de Mozart lui-même.

LES NOCES DE FIGARO (Le Nozze di Figaro) de  Wolfgang Amadeus Mozart. Du 26 novembre au 8 décembre au Théâtre des Champs-Élysées à Paris

  • Jérémie Rhorer direction (lire notre portrait ici)
  • James Gray mise en scène
  • Santo Loquasto scénographie
  • Glysleïn Lefever chorégraphie
  • Christian Lacroix costumes
  • Bertrand Couderc lumière
  • Anna Aglatova Suzanne
  • Robert Gleadow Figaro
  • Stéphane Degout Le Comte Almaviva
  • Vannina Santoni La Comtesse Almaviva
  • Eléonore Pancrazi Chérubin
  • Carlo Lepore Bartolo
  • Jennifer Larmore Marceline
  • Florie Valiquette Barberine
  • Mathias Vidal Basilio
  • Matthieu Lécroart Antonio
  • Rodolphe Briand Curzio
  • Le Cercle de l’Harmonie
  • Unikanti direction Gaël Darchen