CRITIQUE – Les retrouvailles de Marc Minkowski avec l’Ariodante de Haendel ont enchanté l’Opéra de Bordeaux avec une sublime princesse du chant : Marianne Crebassa. On y était, on vous raconte.

Vingt ans après l’avoir enregistré, le chef Marc Minkowski a monté pour l’Opéra de Bordeaux une nouvelle et très belle production de l’opéra Ariodante de Haendel, qui inaugura Covent Garden en 1735. Sur scène, ses Musiciens du Louvre, en version de concert avec mise en espace. Au casting vocal, un plateau de choix : une superbe Marianne Crebassa à la voix souple et sûre dans le rôle-titre, une bouleversante Ana Maria Labin pour chanter Ginevra – l’épouse d’Ariodante -, et une Caroline Jestaedt (qui reviendra à Bordeaux pour le concert de Noël) tout aussi volubile en Dalinda – la suivante de Ginevra. Pour les hommes, la basse James Platt a su montrer ses plus beaux graves, dignes d’un roi d’Écosse, alors que le traître Polinesso de Yuriy Mynenko ainsi que Valerio Contaldo (Lurcanio) et Paco Garcia (Odoardo) ont également brillé avec des voix rondes et une belle sensibilité. Chacun des airs fut applaudi par le public, donnant à la soirée un air de récital.

L’orchestre, généreux et chaleureux était au meilleur de sa forme pour soutenir et accompagner les protagonistes. L’énergie et la précision étaient de rigueur, ce qui a permis à l’ensemble de créer un drame d’une grande qualité. On aurait peut-être aimé que les solistes chantent sans partition afin d’aider à la mise en espace, nonobstant la virtuosité et la complexité des airs.

Marianne Crebassa a été la reine de la soirée, restituant, malgré les redoutables exigences vocales, toutes les facettes de son personnage, du jeune Ariodante empli d’idéal à l’héritier lucide et aguerri, prêt à monter sur le trône d’Écosse. L’air « Scherza, infida », du deuxième acte, avec ses ponctuations poignantes au basson, valait à lui seul le déplacement.