CD – Un drôle de trio vient d’enregistrer un disque assez original : imaginez-vous dans le salon d’Hector Berlioz avec tout ses amis au coin du feu à écouter un récital de mélodies. Le pianiste Tanguy de Williencourt et le guitariste Thibaut Roussel accompagnent la mezzo Stéphanie d’Oustrac dans des mélodies du compositeur français et de ses contemporains.

La musique, malgré son export dans les salles de spectacle était encore au XIX° siècle très présente dans les salons privés, notamment chez les compositeurs eux-mêmes. On connaît bien les Schubertiades, moment amical et festivif pendant lequel un répertoire de pièces instrumentales et de mélodies sont jouées, tout comme des transcriptions d’opéras et de symphonies. Le piano y est souvent omniprésent, tout comme la guitare.

Berlioz était guitariste – certains musicologues pensent même qu’il aurait composé la Symphonie fantastique sur cet instrument et non pas sur un piano. Ce disque intitulé « Une soirée chez Berlioz » dresse par de très belles pièces un panorama de ce qui pouvait être joué dans ce contexte : de la gentille mélodie d’amour de compositeurs peu connus – Nicolas Dalayrac ou Jean-Baptiste-Pierre Lélu – à des transcriptions plus virtuoses de la fameuse Idée fixe issue de la Fantastique ou de Harold en Italie par Franz Liszt. La diction, la voix souple et le caractère théâtral de Stéphanie d’Oustrac font merveille dans ces poèmes mis en musique.

Les deux musiciens ont choisi, afin d’extérioriser toute leur sensibilité et leur virtuosité, de jouer sur instruments d’époque. Tanguy de Williencourt opte pour un piano-forte construit par Pleyel, l’un de ceux sur lesquels Chopin a joué, tandis que la guitare de Thibaut Roussel, après avoir connu les doigts de Paganini, a été celle de Berlioz lui-même avant qu’il ne la confie au Conservatoire de Musique – excusez du peu ! On peut aujourd’hui la voir au Musée de la Musique de la Villette à Paris. Ces instruments, très bien préservés, ont un timbre bien différents de ceux d’aujourd’hui, un timbre un peu sourd, un peu fragile, un peu chaud, qui apporte encore plus de vérité et d’émotion à ces pièces dont nous nous sentons déjà très proches.

Cette reconstitution musicologique de la musique du XIXe siècle, peu encore pensée par les musiciens par rapport à la musique baroque, est parfaitement réussie avec Berlioz. Nous rentrons directement dans l’intimité du compositeur, qui nous invite presque à boire le thé ou un verre de vin ! Ce disque est par ailleurs une occasion de rencontrer la guitare romantique, qui reste aujourd’hui un instrument de musée malgré tout son répertoire…

« Une soirée chez Berlioz », Tanguy de Williencourt, Thibaut Roussel, Stéphanie d’Oustrac, paru chez Harmonia Mundi.