EVENEMENT – Pensée par le créateur d’espaces Christian Boltanski, l’éclairagiste Jean Kalman et le compositeur Franck Krawczyk, Fosse, déambulation sonore et visuelle, sera programmée les 10, 11 et 12 janvier, en marge de l’exposition Faire son temps, au niveau -1 du Centre Pompidou. À quoi faut-il s’attendre ? La réponse en trois questions au compositeur Franck Krawczyk.

Comment est né ce projet ?

Franck Krawczyk : Ça fait une quinzaine d’années que nous travaillons tous les trois sur ce type d’installation : Christian Boltanski pour la mise en espace, Jean Kalman pour les lumières et moi pour la musique. Pour le dernier par exemple, Pleine nuit, nous avions investi le chantier de l’Opéra-Comique, où la force du lieu était très forte.

Notre rencontre s’est faite via le Festival d’automne, au début des années 2000. Nous nous sommes rapprochés car nous étions un peu déçus de ne pas trouver de zone de rencontre entre nos arts respectifs : l’art plastique, le théâtre et la musique. Tant qu’on arrivait à dire : c’est une installation, alors la musique était illustrative. Si on disait que c’était de la musique, alors l’installation ne servait à rien. Dire quelque chose sans le caricaturer était impossible, par le fait-même qu’un art l’emportait sur l’autre, généralement d’ailleurs le visuel.

Comment êtes-vous parvenus à créer cette zone de rencontre ?

F.K. : Nous avons fini par définir trois règles du jeu. D’abord, pas de début et pas de fin : les spectateurs prennent l’ œuvre en route et partent avant la fin. Ils entrent dans un monde qui est déjà en mouvement. Ensuite, pas une mais des histoires : chaque personne qui rentre dans ce lieu peut être le propre monteur de son film. Enfin, le spectateur n’est pas devant quelque chose mais dans quelque chose. Il fait partie intégrante du spectacle. »

© Hervé Véronèse, Centre Pompidou

Fosse serait donc un opéra qui ne dit pas son nom ?

F.K. : Nous en sommes arrivés à un point de notre travail où la question de l’opéra s’est posée. J’ai vraiment voulu abstraire la structure, et voir comment je pouvais faire que le public puisse jouer le jeu sans le savoir.

Prenons Orphée. Imaginons que le public est Orphée. Qu’il se retrouve dans ce parking, dans cette fosse, qui agit comme une fosse d’orchestre, sans contact avec ce qui se passe à l’extérieur. Il ne pourra alors pas résister à l’irrépressible besoin de faire revenir quelqu’un à la surface. Imaginons maintenant qu’Eurydice soit tous les musiciens : la soprano Karen Vourc’h, la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, les chanteurs du chœur Accentus. Le public va alors croiser son Eurydice, sans avoir le droit de la regarder ni de se retourner. Les tentations vont être terribles. Il y aura forcément de la vision partout : des écrans, des objets, des musiciens, des figurants. À commencer par des voitures, avec des personnages à l’intérieur, qui pourront manger, s’embrasser, jouer aux cartes, écouter la radio, faire des dessins sur la vitre embuée…

Quelle va être alors l’attitude du spectateur ? Résister au désir de regarder, être voyeur ou pas ? Pour certains, seul le son agira, comme un fil d’Ariane à l’intérieur de ce labyrinthe. D’autres ressentiront le besoin d’aller inspecter chaque endroit du lieu. D’autres encore préféreront rester immobiles. Mais dans tous les cas le public fera partie intégrante de la performance et écrira son propre livret.

Fosse, œuvre pour soprano, violoncelle solo, chœur, 12 violoncelles, 6 pianos, percussions et guitares électrique.
Commande de l’Opéra-Comique
Production : Opéra-Comique, coproduction : Centre Pompidou
Avec le soutien du Fonds de Création Lyrique
Vendredi 10 et samedi 11 janvier : toutes les demi-heures de 19h à 22h
Dimanche 12 janvier : toutes les demi-heures de 17h à 20h
Parking – Centre Pompidou, Paris

Fosse sera diffusé sur Arte et Arte Concert courant 2020.

En savoir + : https://www.centrepompidou.fr

Réserver : https://billetterie.centrepompidou.fr/