Musique à Beauregard : quand le festival d’été revêt sa chapka à la Clusaz

COMPTE-RENDU – Ce jeune festival perché dans les montagnes a vu grand pour son concert d’hiver le 3 janvier dernier. Réunis dans la charmante église de la Clusaz (Haute-Savoie), les pianistes Momo Kodama, Iddo Bar-Shaï, Frédéric Vaysse-Knitter et des invités surprises de renom interprétaient danses slaves et ballets russes… Une réussite.

Chic, discret mais généreux et accueillant. Voilà le portrait en quelques mots du festival Musique à Beauregard, né dans Le Massif des Aravis en 2017. A l’origine, ce festival de deux semaines se déroule au domicile de Barthélémy Allard et sa famille et déplace ainsi la musique dans les alpages… Depuis deux ans, ce festival « à la maison » investit l’église de la Clusaz pour un concert d’hiver. La soirée du 3 janvier 2020 devrait tout particulièrement rester dans les anales. Plus qu’un concert, il a offert un surprenant et doux condensé de festival.

« Vous faire voyager » : tel est le leitmotiv des fondateurs de Musique à Bouregard. Promesse tenue. Sous une lumière à la bougie (ou presque), les pianistes Iddo Bar-Shaï et Frédéric Vaysse-Knitter entrent en scène pour débuter la soirée sur les célèbres et poétiques Valses op°39 de Brahms à quatre mains, dans une très belle alchimie sonore et d’intentions. Parmi les autres quatre mains entendus lors de la soirée : Momo Kodama et Iddo Bar-Shaï dans le Rondo en la majeur de Schubert et les populaires et entraînantes Danses slaves (op 46 n°8 et op 72 n°4) d’Antonin Dvorak.

Mais c’est à deux pianos que l’on apprécie le plus, très subjectivement, toute la complexité des œuvres, la beauté de l’instrument et la complémentarité des virtuoses. Notamment quand Momo Kodama et Frédéric Vaysse-Knitter interprètent La Belle au Bois Dormant de Tchaïkovsky (la transcription pour deux pianos est de Rachmaninov) ou, en guise de conclusion, les Variations sur un thème de Paganini, de Lutoslawski. La rapidité d’exécution ainsi que l’originalité de cette dernière œuvre, déstructurée, détonante, parfois jazzy clôture parfaitement une soirée de dialogue pianistique, qui dans le froid de l’église, nous a bel et bien transportés en Russie !

Finalement rappelés pour un bis, les trois pianistes surprendront le public avec un six mains : « on n’a jamais vu ça », peut-on entendre murmurer dans la salle et il est vrai que les six mains ne sont pas légions… Merci à Rachmaninov, grand virtuose du piano, pour sa Valse et romance pour six mains. Jouissif, ce véritable ballet de mains ! Et si l’on ferme les yeux, on constate combien la coordination virtuose du trio fait fusionner les individualités pour offrir un son plus rond, aux palettes tonales beaucoup plus riches et précises qu’à quatre ou deux mains.


Nicholas Angelich (crédit photo: Christophe Lemoine)

Nicholas Angelich débarque avec Marie-Ange Nguci

Alors que le concert touche à sa fin, Momo Kodama prend la parole. « C’est un bijou de festival que vous avez-là » déclare t-elle visiblement émue. « On peut le dire car nous voyageons beaucoup ! Il se passe vraiment des choses incroyables ici… » Et pour cause, de passage dans le coin, Nicholas Angelich et la jeune étoile montante du piano Marie-Ange Nguci, débarquent sur scène pour nous offrir une deuxième partie de concert, autour de Beethoven à l’occasion de son 250ème anniversaire ! La Fantaisie en sol mineur Op. 77 d’abord magnifiquement interprétée par Nicholas Angelich, fait suite à la Fantaisie Chorale Op. 80, proposée à deux pianos par le maestro et son ancienne étudiante (qui ne mérite plus d’être désignée comme tel, tant son talent résonne). Le dialogue entre ces deux pianistes émérites, aura été une fin des plus jolies pour une soirée où le temps a cessé de s’écouler…

Festival Musique à Beauregard, du 21 juillet au 1er août 2020, sur le plateau de Beauregard et alentours. Plus d’informations : www.musiqueabeauregard.com

Crédits photos noir et blanc: Christophe Lemoine, Cueilleur de lumière (https://www.facebook.com/cueillum)