COMPTE-RENDU – Soirée pleine de contrastes ce mercredi 22 janvier à la Philharmonie de Paris, avec le Concerto pour violon de Sibelius emmené par un Joshua Bell très « gipsy » et la dixième symphonie de Chostakovitch dirigée par une Karina Canellakis tout en clarté et précision.

L’expérience mathématique au collège et au lycée est souvent frustrante : si certains peuvent être fascinés par l’abstraction et les raisonnements logiques, la créativité propre à cette discipline est cependant peu explicitée. La persévérance paie cependant lorsque l’on rentre en prépa, où l’on peut sentir souffler un vent de liberté. Passés les moments d’apesenteur pendant lesquels on s’amuse à imaginer des mondes étranges (Là ! Regardez ces deux droites parallèles qui se coupent 3 fois !), on comprend vite qu’il est nécessaire de canaliser la créativité pour travailler sur de théories intéressantes. La notion de cohérence ou non consistance – entre autres – entrent alors en jeu. En logique mathématique, une théorie est dite cohérente si aucune contradiction ne peut être prouvée à partir des hypothèses initiales.

Mercredi 22 janvier 2020 à 20H30, le spectateur assis salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris pouvait se sentir comme un étudiant en prépa scientifique, assistant à un Concerto pour violon de Silbélius aux accents « gipsy », notamment dans les premier et troisième mouvements. Cette coloration s’explique principalement par la gestion singulière des quelques notes précédant les temps forts des phrases musicales (anacrouses) par Joshua Bell.

Le violoniste américain a en effet choisi d’alterner des anacrouses élastiques en utilisant un glissendo chic avec des anacrouses mordantes voire rageuses. En contraste, le deuxième mouvement – porté tant par le violoniste que par les magnifiques contre-chants des cuivres – distilla le sentiment de plénitude tinté de mélancolie que l’on s’attend à ressentir à l’écoute d’une oeuvre du compositeur finlandais.

S’il n’est pas certain que tous les mélomanes aient apprécié la créativité de cette interprétation, nul doute qu’elle entrera dans les mémoires de nombreux autres, et chacun pourra a minima s’entendre sur sa cohérence, l’ensemble ne souffrant d’aucune contradiction.

La seconde partie du concert fut l’occasion pour Karina Canellakis, jeune cheffe d’orchestre à la carrière ascendante, de tester une nouvelle fois son savoir-faire à la tête de l’Orchestre de Paris. Avec une vision de la dixième symphonie de Chostakovitch assez orthodoxe, la nouvelle cheffe principale de l’Orchestre philharmonique de la radio néerlandaise proposa 50 minutes de clarté,  de précision et de couleurs. On pourrait cependant regretter un manque de souffle dans la narration, rendant difficile la perception de l’angoisse caractérisant la période du règne de Staline qu’est censée dépeindre cette oeuvre.

Mercredi 22 janvier 2020  – Philharmonie de Paris, Grande salle Pierre Boulez.
Karina Canellakis, direction.
Joshua Bell, violon.
Orchestre de Paris.