©Bartosch Salmanski (www.128db.fr)

Les Dominicains de Haute-Alsace : couvent alternatif

REPORTAGE – Centre culturel de rencontre depuis 2013, l’ancien couvent des Dominicains de Haute Alsace accueille sous ses voûtes roses en grès des Vosges une programmation musicale résolument avant-gardiste. De Clara Schumann à Nina Hagen, on y pratique le grand écart avec talent.

Au carrefour de la France, de la Suisse et de l’Allemagne, la ville de Guebwiller, sur la route des vins d’Alsace, abrite en son sein l’ancien couvent des Dominicains de Haute-Alsace. Avec son cloître du 14e siècle et sa nef à l’acoustique exceptionnelle, grâce à un plafond en bois culminant à 24 mètres de hauteur, il est classé Monument historique.

De grands noms de la musique s’y produisirent, comme la pianiste Clara Schumann. Et oui. Virtuose exceptionnelle, ses tournées de concerts lui permettaient de subvenir aux besoins de sa -trop ?- nombreuse famille (voir ici un article de notre rédactrice en chef).

Si le fantôme du violoncelliste Mstislav Rostropovitch rôde également dans ses murs, l’ancien couvent est devenu un lieu d’audaces musicales, complètement assumées par son directeur Philippe Dolfus : « Autour de nous, l’offre musicale est riche. Le public classique a ce qu’il lui faut ailleurs. Nous préférons la notion de performance, d’artiste qui s’investit pleinement, pour le public, sur l’instant. Je ne souhaite pas fixer mon public ; si c’est raté j’adore. »

Comme cette soirée Union libre en octobre, introduite par une séance de Qi Gong, pour se connecter à soi par la respiration avant le concert, suivie par le Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov et conclue par un dancefloor dans le caveau du couvent … Ce soir-là mille personnes furent présentes sur le site, avec un vrai mélange des publics : trente « baba cools » adeptes de la relaxation étaient restés pour le concert symphonique, et 40% des participants au DJ set en venaient !

Et pour se réchauffer pendant l’hiver, rien de tel qu’un petit tour au cabaret Au Sorgenfrei (Au Sans-Souci), qui vient d’ouvrir dans le réfectoire d’été des moines. Tout en savourant une Currywurst (saucisse au curry) on peut y découvrir une programmation « kleine Kunst » (art mineur) des plus réjouissantes.

Cabaret Au Sorgenfrei, Dominicains de Haute Alsace

Le 23 janvier dernier, le Trio Al’mira (Daphné Souvatzi au chant, François Aria à la guitare flamenca et Raffi Derderyan aux percussions traditionnelles), avec son répertoire méditerranéen et arabo-andalou, nous rappelait avec fougue que la musique est libre… et qu’elle fuse, irrépressible, porteuse d’espoir et de renouveau !

Plus sur le fil de l’émotion était la proposition du chanteur Denis Fischer et des guitaristes Takashi Perterson et Jerzy Chwastyk : Ocaña, Reine des ramblas, en hommage au Barcelonais José Pérez Ocaña, Drag Queen emblématique du milieu berlinois des années 80, alors que le Mur était encore une réalité. Une formule légère – un chanteur, un châle et une perruque, deux guitaristes, des archives d’époque, quelques chansons – et tout un univers surgit à vos yeux et vos oreilles, plaidant la sensibilité à l’autre dans son altérité, sa différence. Même si le spectacle est en Allemand et qu’on ne comprend pas tout, on se sent très bien, loin de ses cadres et de ses repères mais en totale confiance.

Ocaña, Reine des Ramblas

Promis, on reviendra aux beaux jours pour écouter, sous le dôme numérique installé dans le cloître, une création du sound designer Vladislav Isaiev, artiste en résidence. Ou encore Nina Hagen, icône punk, expulsée de RDA en 1976 pour « attitudes antisociales » (sic !), qui a promis de venir chanter Bertolt Brecht dans la nef …

Hall d’accueil des Dominicains de Haute-Alsace
Installation lumineuse de Jemma Woolmore, artiste en résidence.
© Michel Kurst pour les Dominicains de Haute-Alsace

Toutes les infos sur le site des Dominicains.

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