PORTRAIT – Hildur Guðnadóttir a remporté lundi l’Oscar de la meilleur musique de film pour Joker de Todd Philipps. Cette Islandaise à l’art d’écrire une musique qui semble venir d’outre-tombe, noire, grinçante et terriblement addictive…

Elle a soulevé la statuette légendaire lors de la 92ème cérémonie des Oscars dans la nuit de dimanche à lundi. Déjà récente lauréate du Golden Globe et du BAFTA pour la meilleure partition originale, Hildur Guðnadóttir est la première femme à rafler toutes les récompenses de la musique au cinéma en une seule année et pour une seule partition : celle du glaçant « Joker » de Todd Philipps. Hildur Guðnadóttir possède un talent fou pour trouver le ton juste, l’ambiance parfaite pour les sujets les plus difficiles.

© A.T.Jandrig/R.Kongsro

Née en Islande en 1982, violoncelliste de formation, Hildur Guðnadóttir est une musicienne accomplie : déjà six albums signés de son nom (dont le dernier va sortir dans les prochains jours), de multiples collaborations (dont celle avec le regretté Johan Johansson, auteur de la musique remarquable de Sicario), des performances, des musiques de scènes et déjà treize bandes originales de film.

2019 marque une étape importante pour sa carrière. Hildur Guðnadóttir a signé l’écriture de deux des musiques de film les plus réussies de l’année : Joker et Tchernobyl. Dans les deux partitions, sa musique semble venir d’outre-tombe, noire, grinçante et terriblement addictive, une sorte de marche inéluctable vers l’abîme : quoi de plus adapté pour accompagner des spectres ? 

Les spectres de Tchernobyl d’abord, cette mini-série choc de HBO racontant la bataille pour venir à bout du pire accident nucléaire de l’histoire. Tous ceux qui ont vu la série se souviennent de cette scène terrible du « Pont de la Mort », où les habitants, réveillés en pleine nuit par l’explosion de la centrale, admirent, inconscients du danger mortel, les sublimes couleurs du poison radioactif qui s‘échappe dans l’atmosphère. Ce danger mortel, qui les emportera tous, il est là, dans cette musique qui nous faire ressentir physiquement la radiation invisible, son rayonnement fatal. Un grand moment de musique au cinéma, celui d’une partition qui donne vie à la mort, qui nous alerte d’un danger que les personnages ignorent, décuplant le tragique de cette scène.

Autre film, autre spectre : celui de ce mort-vivant d’Arthur Fleck alias « Joker » (joué par un Joaquin Phoenix au sommet de son art), un homme mentalement dérangé, délaissé dans une société tout aussi folle que lui et qui fait face, seul, à ses démons. La violence du film contraste en revanche avec une partition lente, sombre mais jamais démonstrative où la musique de la compositrice islandaise s’immisce en vous comme le lent poison de la folie de ce personnage maudit et ambigu. Une réussite totale, qui va faire l’objet d’un ciné-concert très attendu proposé dans un premier temps en tournée au Royaume-Uni.