COMPTE-RENDU – L’Opéra Comique à Paris a donné jeudi la Première de sa nouvelle production La Dame Blanche, succès historique de l’histoire de l’institution. Faut-il y aller ? Réponse.

Si vous cherchez une production d’opéra qui résonne avec notre époque, La Dame Blanche peut, à première vue, vous rester sur l’estomac. Cette œuvre, écrite par Boieldieu, est LE grand succès de l’Opéra Comique du début du 19e siècle, donné plus de 1000 fois. C’est un peu le « Starmania » de 1825 ! L’adresse de l’Opéra Comique est d’ailleurs place Boieldieu … On inventa même un dessert, « La Dame Blanche » (glace vanille, coulis de chocolat, éclats d’amandes grillées), en l’honneur de l’œuvre.

La soirée s’ouvre sur un mur de vieilles pierres, façon Écosse féodale néo-gothique à la Walter Scott. Sur ces remparts, un jeu savant de mapping video fait se balader une jeune femme habillée de blanc, aux longs cheveux roux. Sans doute, comme George Brown, le jeune soldat héros de cette histoire, vous ne croirez pas au mythe de la Dame Blanche, ce fantôme du château d’Avenel qui protège les femmes de la région.

Comme la Dame Blanche qui glisse sur les remparts, la metteuse en scène Pauline Bureau marche en équilibre entre un livret bien tarte à la crème (le bon peuple acclamant son seigneur charitable, une intrigue cousue de fil blanc) et des personnages très sympathiques que la distribution réussit à faire vivre dignement. Georges est campé par Philippe Talbot, merveilleux dans le rôle du soldat souffrant d’amnésie post-traumatique, tantôt troublé de retrouver des bribes de mémoire, tantôt jovial. Il plonge tout enthousiaste dans l’intrigue fantastique de la Dame Blanche. Il y croit, lui.

ET nous ? On se laisse gentiment prendre car la musique est un délice : des mélodies qui s’impriment directement dans nos mémoires, des aigus foudroyants, des répliques mordantes. On imagine bien notre arrière-arrière-grand-père siffloter ces airs-là, comme Tintin aviné dans « « Le Crabe aux pinces d’or ». On comprend aussi pourquoi les commentateurs de l’époque ont moqué le succès du « Ténor de la Dame-Blanche » (Hector Berlioz) : c’est lui qui retient tous les regards. Philippe Talbot a donné, lors de cette première, une prestation brillante, sans doute pas assez applaudie… tout comme l’Orchestre National d’Ile-de-France et le chef Julien Leroy, très investis.

Le reste de la distribution est solide et rend ce clan écossais bien attachant. L’excellent Yann Beuron, en fermier prospère, campe un Dickon fort en gueule et peureux, lointain cousin d’Abraracourcix, suité de sa Bonnemine (Sophie Marin-Degor), nunuche à souhait. Elsa Benoit est la Dame blanche, crédible dans son rôle de manipulatrice du cours des événements … Car La Dame blanche est un opéra-comique féministe avant l’heure. La femme y brille par son ingéniosité et son courage face aux mâles autoritaires et complotistes. De quoi offrir au spectateur deux niveaux de lecture : soit de la bonne musique et un spectacle distrayant, soit un message assez fin, posé par Boeldieu et la metteuse en scène Pauline Bureau.

Le prologue est d’ailleurs la partie la plus réussie de cette production. Sur la belle musique d’ouverture, un court-métrage muet montre une Dame blanche façon super-héroïne de Marvel, volant au secours d’une villageoise victime d’agression sexuelle. Fantôme ou pas, La Dame blanche possède ce pouvoir qui permettrait aux femmes encore trop transparentes de prendre toute leur place. Et ça, nous, on y croit.