ÉDITO – On aime les moquer mais que ferait-on sans les Victoires de la musique classique ?

Les Victoires de la musique classique c’est tout un monde – un petit monde certes, celui des professionnels de la musique classique, qui se retrouve pour une soirée… bizarre. Bizarre car jamais vous n’auriez embarqué un mélomane classique à entendre des bouts de musique très disparates dans leurs styles, s’enchaînant à un rythme militaire, dans une salle sur-éclairée, entourés de leur collègues, patrons, copains et rivaux.

Et pourtant on est là ! Habillé.e.s, le précieux carton d’invitation à la main, on dit bonjour aux uns et aux autres. On se lève pour rendre hommage à la soprano qui fut l’une des plus belles Traviata de ces vingt dernières années : Anna Netrebko, telle une madone marmoréenne. Mais on se dit que la chance d’être pris au tripes n’est pas donnée dans un tel contexte. Et pourtant, le violon de Raphaëlle Moreau s’envole doucement dans ce nid un peu fou de couleurs criardes…

Toute l’année nous assistons à des performances exceptionnelles, les artistes classiques sont formidables. Toute l’année, on aime les scruter, les comparer, les commenter, parfois avec piment. Et pourtant, le soir des Victoires, on a peur avec eux. Car un aigu loupé devant des millions de téléspectateurs, et c’est presque nous tous qu’on blâme !

Quand un musicien comme Alexandre Kantorow, Victoires du meilleur enregistrement pour son disque Saint-Saëns, et Soliste instrumental de l’année, remercie son papa, quand la soprano Marie Perbost, qui a perdu sa maman, gagne la Révélation artiste lyrique, quand la maman, regrettée, du jeune hautboïste Gabriel Pidoux, Révélation artiste instrumental, est citée par Judith Chaine, la maîtresse de cérémonie… le cœur se serre car nous savons combien les parents sont des pièces maîtresses dans la carrière d’un artiste classique.

Et puis, quand nos chouchous gagnent, on jubile : Benjamin Bernheim, Artiste lyrique de l’année ex-aequo avec Karine Deshayes. Ou quand une jeune compositrice, Camille Pépin, devient Compositrice de l’année (dans la catégorie qui s’appelle toujours « compositeur » mais bon…). Autour d’eux, des musiciens qui ne seront pas primés mais qui méritent les bravos : Le Concert de La Loge de Julien Chauvin ou encore l’Orchestre National de Metz dirigé par David Reiland.

Le Boléro pour ouvrir, la Marche de Radetzky pour finir : la 27e cérémonie se plie à une tradition cathodique qui n’est pas toujours pour nous plaire. Mais l’un et l’autre ont été particulièrement bien interprétés donc… Et oui, on aimerait entendre Bertrand Chamayou dans un morceau plus intense que le Clair de Lune de Debussy mais c’est si beau que… Et les deux présentatrices Judith Chaine et Leïla Kaddour sont si élégantes, intelligentes et pertinentes dans leur rôle qu’alors… on ose le dire : elles étaient réussies, ces Victoires de la Musique Classique 2020.