Pastoral for the planet : le classique en mode bio-tech’

COMPTE-RENDU – Un spectacle immersif et hors des sentiers battus, porté par Laurence Equilbey, Insula orchestra et le collectif catalan La Fura dels Baus : Pastoral for the planet était donné les 26 et 27 février derniers à l’Auditorium de la Seine musicale. Retour sur impressions.

Qu’elle plaise ou non, la proposition artistique Pastoral for the planet ne laisse pas indifférent. Mi-opéra mi-performance, en immersion à 360° et requérant l’usage des téléphones portables en interaction avec le public, elle bouscule les codes, pour mieux interpeller et montrer l’urgence à soigner notre planète … et chérir le genre humain.

La nature peut être violente, et face à ses déchaînements, inlassablement, l’homme rebâtit ce qu’elle a détruit : tel est le propos des Créatures de Prométhée de Beethoven qui ouvre ce spectacle. Ils ne sont pas bien beaux, ces acrobates/comédiens/danseurs/contorsionnistes de la compagnie Furia dels Baus, qui sortent d’un tronc d’arbre/totem en grouillant comme des vers ! Qu’ils sont vulnérables et maladroits quand les aigles de Zeus fondent sur eux ! Et pourtant, ils recommencent, tels des chenilles processionnaires, et finissent par forcer le respect. Finalement, ça n’est pas le but qui compte mais comment on tâche de l’atteindre. Hélas, d’autres ravages déferlent, créés eux par l’homme : la guerre, illustrée par la cantate Kampf und Sieg (« combat et victoire ») de Weber, ou encore les tragédies migratoires, figurées par le poignant allegretto de la Septième symphonie de Beethoven, avec son rythme de marche de pèlerins…

L’arrivée de la Symphonie pastorale de Beethoven laisse à penser qu’un nouvel équilibre est possible entre l’homme et la nature. L’arbre/totem, que les guerres avait détruit, est à nouveau dressé. Les hommes s’enduisent de pigments, en symbiose avec la terre nourricière, et dansent en chantant des chants traditionnels de Guinée ou d’Ukraine. L’arbre est biotechnologique, combinant les ressources naturelles et les ressources ingénieuses de l’homme.

En une habile coda, le public est invité à voter, depuis son téléphone portable, pour décider de la fin de l’histoire, entre destruction totale (choix 1) et sauvetage (choix 2), chaque fin ayant son pendant musical et scénographique : oraisons funèbres de Weber, versus Egmont et Symphonie triomphale de Beethoven.

Pastoral for the planet est donc un spectacle global, dans lequel les éléments se combinent, se répondent, s’entrecroisent. C’est là son aspect le plus réussi. La qualité musicale, la force des visuels du serbe Mihael Milunović, la salle entièrement prise dans les projections vidéos, les mimiques et la gestuelle hautement expressives des comédiens catalans, tous ces éléments se fondent en un objet artistique d’une grande force.

Laurence Equilbey poursuit avec pertinence ses propositions de concerts symphoniques augmentés : beaucoup de travail, une réelle recherche de sens, une mise en commun d’esthétiques et de sensibilités, pour un spectacle dérangeant, interpellant, saisissant et finalement enthousiasmant !

Créé en février au Grand Théâtre de Provence (Aix en Provence), Pastoral for the planet continuera sa route au Shanghai Concert Hall (Chine), à la Dortmund Konzerthaus (Allemagne) et à la Musikfest Bremen (Allemagne).