SAISON 2020/21 – Après les annulations en saison 19/20 pour cause de grèves ou de coronavirus, que nous promet la saison 20/21 de l’Opéra de Paris ?

Les déboires sociaux et autres réjouissances sanitaires de la saison 2019-2020 de l’Opéra de Paris ayant forcé la vénérable institution à fermer ses portes jusqu’à la mi-avril, j’ai décidé, ne pouvant plus me rendre nulle part, de me pencher sur la saison prochaine. Et je découvre -ou plutôt redécouvre- l’Opéra de Paris version Lissner. Comme sa saison précédente, stars lyriques et chorégraphiques, metteurs en scène de renom et perles rares défilent dans des reprises ou de nouvelles propositions, le tout sans forcer la cohérence, ce qui peut, parfois faire tourner la tête.

Je vais donc tenter de vous aiguiller à travers la très « high-tech » brochure connectée de cette saison 20/21 …

Les reprises qui excitent les sens….

L’élixir d’amour – Laurent Pelly et Chantal Thomas © Vincent Pontet / ONP

Je choisirai sans conteste la magique et toujours aussi efficace reprise de L’Élixir d’Amour de Donizetti pour commencer la saison « classique ». Délicieusement montée par Laurent Pelly et Chantal Thomas, cette production, emprise de farniente, convoque toutes les réjouissances d’un bel été indien. L’immense Bryn Terfel en « Docteur » Dulcamara et la délicieuse Julie Fuchs (nommée aux Victoires de la musique Classique) en Adina se pâmeront dans ces décors magiques aux cotés de Xabier Anduaga (Nemorino) et Lucrezia Drei (Giannetta).

Capriccio – Robert Carsen © Vincent Pontet / ONP

Le retour du Capriccio de Richard Strauss dans la sublime mise en scène de Robert Carsen fait saliver. Diana Damrau en Gräfin promet, face à Simon Keenlyside (Graf). Avec le reste de la distribution, ils nous transporteront dans ce caprice, où la recherche déconcertante du plaisir tranche avec les événements qui entourent sa création. En effet, en 1942, le cœur n’était pas vraiment à la fête… et pourtant, j’y courrai sans hésiter tant cette production transporte.

Je déconseille de manquer une production du Trouvère de Verdi. Si l’intrigue est certes un peu trop alambiquée, la tension vocale et musicale qu’impose la partition fait de ce drame l’une des œuvres les plus captivantes jamais produite à l’opéra. Dans la version d’Alex Ollé (Collectif Fura Dels Baus), on retrouvera un plateau neuf qui mérite qu’on s’y intéresse. En espérant que les programmateurs de l’ONP ont suivi les conseils d’Arturo Toscanini qui disait : « Prenez les quatre meilleurs chanteurs du monde et vous aurez le Trouvère de vos rêves ».

Côtés nouvelles productions, deux tubes ont retenu mon attention

L’Aida de Verdi me fait un fort appel du pied dans cette programmation un peu décousue. Et ça n’est pas pour mon appétence particulière pour ce drame guerrier, qui ne m’attire que rarement, mais par le choix du metteur en scène. Ou plutôt de la metteuse en scène ! En effet, la Néerlandaise Lotte De Beer, rare femme de la saison à monter un spectacle, proposera une version différente, ô combien novatrice de cet opéra. Et puis je ne cache pas que la distribution cinq étoiles fait rêver. Sondra Radvanovsky, Elīna Garanča, Ludovic Tézier, Jonas Kaufmann, Elena Stikhina ; la messe est dite.

Avec La Dame de Pique de Tchaïkovski, l’Opéra de Paris attire toute mon attention et fera sans doute couler beaucoup d’encre ! En effet, Stéphane Lissner a confié la mise en scène au talentueux mais controversé Dmitri Tcherniakov. Souvent justes, trop souvent inesthétiques, ses propositions font toujours l’objet de débats et finalement, n’est-ce pas ce que l’on attend d’une proposition scénique ? Brillant dans le programme Iolanta/Casse-noisette, il était moins convainquant dans Les Troyens de Berlioz. Vivement l’été 2021 !

Côté danse, le programme est plus que convainquant

Vous n’aurez ici qu’une bribe de ce qu’il faudrait voir, tant le programme de la compagnie est éclectique et toujours passionnant…

            Adeptes du classique, s’abstenir : Ohad Naharin, chorégraphe israélien, revient après le succès de Decadance, pour un programme qui, j’en suis sûr, sera l’un des sommets chorégraphiques de l’année, porté par une troupe toujours prête à relever ce genre de défi.

            Côté danse néoclassique, je me rendrai bien évidemment à la reprise du mythique ballet de Roland Petit : Notre-Dame de Paris, adapté du roman éponyme sur une musique de Maurice Jarre. Tout d’abord car les costumes incroyables sont signés Saint-Laurent. Ensuite, car la puissance du roman se retrouve intacte dans cette transcription chorégraphique saisissante.

Notre Dame de Paris – Roland Petit © Vincent Pontet / ONP

            Enfin, côté classique, je conseille, pour rester dans cette vague des amours impossibles, le sublime ballet de Prokoviev Roméo et Juliette, chorégraphié par le génie de la danse classique Noureev. Musique à pleurer pour l’histoire d’amour la plus connue au monde … quoi de mieux pour commencer l’été 2021 en beauté ?

Le coin des curieux

Je voulais, pour les plus connaisseurs, attirer l’attention sur deux spectacles qui, je le pense feront, si ce n’est sensation, du moins parler d’eux.

En ouvrant la saison avec l’Opéra 7 deaths of Maria Callas à Garnier, Stéphane Lissner surprend et attise déjà ce désir ardent de savoir où il veut nous emmener. Conceptualisée par Marina Abramovič et mise en musique par Marko Nikodijević, cette œuvre réunit Willem Dafoe (acteur filmé) et sept cantatrices sur scène jouant tour à tour les morts de sept héroïnes chères à Callas (Lucia, Norma, Cio-cio San, Tosca…). Sans doute le rendez-vous le plus curieux de début septembre …

Et bizarrement, je vous conseillerai, vous les curieux qui vous aventurez jusqu’ici, le Faust de Gounod que nous propose cette année l’Opéra de Paris. Peut-être l’auriez-vous choisi dès le départ ? Pour moi ça n’est pas une œuvre qui s’aborde simplement. Grand opéra à la française, il simplifie le Faust de Gœthe dans sa recherche d’absolu, et la proposition de Tobias Kratzer apportera -espérons-le- un éclairage subtil et novateur à cette intrigue que l’on pense pourtant si bien connaître. Et puis, il faut souligner que le plateau vocal est saisissant… Ermonela Jaho, qui a pour habitude de se dépenser à 100% chaque soir vous extirpera sans doute toutes les larmes de votre corps, sans compter le ténor Benjamin Bernheim, qui vendra son âme au diable comme nul autre !

Ainsi cette saison audacieuse, pleine de curiosités et de propositions innovantes, promet de faire parler d’elle, ou du moins, couler beaucoup d’encre. Espérons qu’elle puisse se jouer cette fois-ci, dans son intégralité… L’Opéra National de Paris en tout cas, en a bien besoin.