3e scène, le pas de côté innovant de l’Opéra de Paris

CHRONIQUE CRITIQUE – Lancée en 2015, la plateforme numérique de l’Opéra de Paris regorge de petites surprises, à (re)découvrir pendant le confinement. Comme d’habitude, l’accès est gratuit et le choix assez large pour s’évader pendant un bon moment !

Des fictions apocalyptique (L’entretien), des fictions opéras conceptuelles (Le Couronnement), d’autres beaucoup plus grand public (Le Fantôme), des biopics atypiques (Degas et moi), des documentaires (C’est presqu’au bout du monde, Le crépuscule des dieux, Vers le silence) ou encore des fictions-films aux scénarios originaux (Adieu Bohème, De long discours dans vos cheveux…). Avec une soixantaine d’œuvres à son catalogue, le choix de 3e scène est large même si tout ne se vaut pas.

Mais alors comment s’y retrouver ?

On peut se laisser guider par la plateforme et s’intéresser prioritairement aux trois œuvres qui nous sont proposées. Avec Clinamen par exemple. Belle ode au mouvement, le dernier court métrage d’Hugo Arcier est une reconstitution du Palais Garnier en particules – magnifique, une vraie réussite ! – où se croisent et s’entrelacent différents atomes, selon une chorégraphie signée Christine Bastin. Ce travail, titanesque, reproduit les arabesques d’Anna Chirescu, Simon Feltz et Pierre Guilbault en utilisant la technologie du motion capture. Si cette danse futuriste est une expérience sympathique, on y perd, à notre goût, la poésie et les frissons de la danse… À conseiller aux amoureux des arts numériques !

Avec Nephtali et Les Indes galantes, également proposés sur la home page du site, on est sur des très courts métrage (entre 3 et 5 minutes) beaucoup plus accessibles, mais néanmoins très agréables à regarder. Dans Nephtali, la danseuse Marion Barbeau prend vit sous le talentueux crayon de l’animateur de Disney, Glean Keane ; un joli moment de poésie, entre documentaire et dessin animé. Quant au court player de Clément Cogitore sur La danse des sauvages, extraite des Indes galantes de Rameau, c’est toujours autant une claque artistique. La communion de deux mondes a priori antinomiques – le ballet classique et le Krump (une danse urbaine, issue du Hip-Hop et des danses tribales africaines, née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 90) – est riche en frissons. D’ailleurs l’opéra complet, plus critiqué, est toujours en ligne sur Arte.

A lire aussi : Notre critique des Indes galantes

On peut aussi se perdre dans les catégories proposées par la plateforme, selon qu’on est d’humeur plutôt fiction, art vidéo, documentaire ou série. Si toutes les oeuvres regardées ne nous ont pas transportées – comme Breathing (art vidéo), le Couronnement (fiction), Degas et moi (docu-fiction) – et sont à conseillées à un public averti et peut-être friand de contemporain, nous conseillons par exemple Grand Hotel Barbès. Ulysse, un jeune désorienté qui se fait virer de là où il dort, croise un groupe de breakdancers en train de se faire une battle Mozart… Surprenant, poétique et un brin feel good movie, il faut l’avouer. Dans le registre « classiques revisités cultures urbaines  » (et il y en a quelques-uns) on a beaucoup moins apprécié, en revanche, Othello, dont le scénario est plus pauvre et la performance théâtrale peu convaincante.

On vous conseillerait bien aussi Adieu Bohème et De longs discours dans vos cheveux, qui manient bien romances, poésie, histoire et découverte d’endroits insolites de l’Opéra Garnier. Quant aux documentaires, on a apprécié À bout portés de Clémence Poésy, qui s’interroge sur la fabrique de la grâce, et C’est presque au bout du monde, sur la soprano Barbara Hannigan et l’origine « de ces voix inhumaines ». Une manière de remonter à la source de cette beauté que nous offrent les arts classiques.

En somme, 3e scène est un pas de côté dans l’offre classique. Des œuvres originales, souvent de qualité, parfois décalées mais suffisamment variées pour que tout à chacun – des néophytes aux plus avertis – y trouve son compte.  Le tout gratuit, en confinement, c’est du pain béni !

Site de la 3e scène : https://www.operadeparis.fr/3e-scene