PLAYLIST – Une playlist qui puise la diversité au cœur même de la musique, pour se sentir moins seul … Une playlist à retrouver également sur nos chaînes sur YouTube et Spotify.

Se retrouver seul face à soi-même. Ne pas se sentir assez. Être bien chez soi mais avoir besoin d’ailleurs. Ce sont des sensations que nous avons, en ce moment, en commun. Mais elles ne nous sont, pour la plupart, pas inconnues. Du plus loin que je me souvienne, leurs ombres ont toujours été éclairées par la musique, une certaine musique. Une musique qui fusionne les genres ou est portée par des interprètes à contre-emploi. Une musique qui s’appuie sur la multitude, la contradiction ou le refus de l’orthodoxie. Au contraire des œuvres qui tendent vers la pureté, cette musique de la discordance et de la diversité me fait sentir réel ; ou complet.


Alfred Garrievitch SCHNITTKE
Comment ne pas commencer par celui qui a poussé le polystylisme au rang d’art humoristique ? Grand compositeur russe de la seconde moitié du 20e siècle, Schnittke prend ses inspirations, notamment harmoniques, chez Malher et Berg. Mais toute son œuvre est parcourue par des expériences de fusion (ou modulation) stylistique qui fait dire au compositeur Christian Leblé que « la musique de Schnittke laisse toujours croire que l’on écoute Berg pendant que le voisin du dessus écoute Schubert ». Parfois complexes, certaines de ses pièces sont très facile d’accès, à l’image de ce Polyphonic Tango, créé en 1979, sorte de tango argentin déstructuré et basé sur une polyphonie savante.


Thomas ADÈS
Dans ses Trois études d’après Couperin, Adès, un des plus grands compositeurs contemporains, réalise une fusion d’un autre genre. Des trois pièces pour clavecin de François Couperin, compositeur baroque français, il reprend la structure -il conserve même le nombre de mesures-, les harmonies et le rythme. Mais en les orchestrant, il y ajoute sa pâte. Au final, il s’agit bien d’une œuvre de Thomas Adès ; une œuvre hantée.

Chamber Orchestra Of Europe – Thomas Adès


Ludwig van BEETHOVEN
Dites voir, 2020, ça serait pas l’année Beethoven ? On l’aurait presque oubliée. La production du maître fut imposante ; difficile de tout connaître. Savez-vous qu’il avait écrit quelques mélodies en italien ? Cocasse, non ? Et que parmi celles-ci, In questa tomba oscura a été chantée par Luciano Pavarotti, la star du bel canto ? Le plus beau dans l’histoire, c’est que le résultat est réellement bon, le chanteur faisant même preuve d’une émotion palpable (le contraire lui a parfois été reproché dans des opéras italiens, un comble !), sans émettre de faute de goût ou de style. Laissez-vous emporter par ce mélange teutonico-italien, cette histoire d’un amour exprimé trop tardivement, une fois la mort passée …


Vladimir HOROWITZ
Oui, il s’agit bien du pianiste, alors que le morceau que vous allez entendre, ce moment musical n°3, a été écrit par le compositeur autrichien Franz Schubert. Mais est-ce encore du Schubert ? Ou du moins, du Schubert tel que ma prof de piano du conservatoire voulait que je le joue ? Elle et son orthodoxie m’avait fait haïr ce morceau, moi qui aime tant, par ailleurs, le Schubert des impromptus et du quintette en ut majeur. Horowitz, avec sa malice, son ironie, ses pieds-de-nez, sa libido, m’a fait aimé ce moment musical.


BACH / BUSONI / DE LARROCHA
J’ai été, pendant très longtemps, abonné à plusieurs magazines spécialisés dans la musique classique. C’est dans l’un deux que j’ai découvert la pianiste espagnole Alica de Larrocha. On y parlait de Granados, Mompou, Albéniz, notamment. Une spécialiste de cette musique, pouvait-on lire. J’ai écouté et, souvent, aimé. Mais c’est par hasard, au fil de mes pérégrinations nocturnes sur Youtube, qu’elle me fit pleurer la première fois. Dans du Schumann, son Carnaval de Vienne. Et c’est son interprétation de la transcription pour piano, réalisée par Ferruccio Busoni, de la chaconne de la partita en ré mineur de Jean-Sébastien Bach, que je désire partager ici. Qu’apporte-elle à cette musique ? Peut-être des couleurs harmoniques issues d’Iberia d’Albéniz et une dynamique puisée dans le rythme des Goyescas d’Enrique Granados …


Yael NAIM / Brad MEHLDAU
Je ne pouvais, dans un article prônant la diversité pour combler la solitude de l’enfermement, me contenter de compositeurs de musique dite classique. La rencontre sur la chanson Coward, entre la chanteuse-auteure-compositrice pop et le pianiste de jazz, sorti en 2015, semble écrit pour les temps que nous vivons :

I miss my friends and my guitar
I’m knowing I can travel far
But now I’m only standing here
Completely paralyzed with fear

Les paroles paraissent sombres mais la voix sur le fil de Yael Naim et la partition néoclassique de Brad Mehldau sont là pour, subtilement, nous faire comprendre qu’il faut accepter le réel dans sa pesanteur avant de trouver la voie de l’espoir. Ne soyons pas des lâches.


Liste détaillée des œuvres

  • Alfred SCHNITTKE, Polyphonic Tango
  • Thomas ADÈS, Three studies from Couperin
  • Ludwig Van BEETHOVEN, In questa tomba oscura, WoO 133
  • Franz SCHUBERT, Moment musical n°3, D.780, op. 94
  • Jean-Sébastien BACH, Ferrucio BUSONI, Chaconne en ré mineur, BWV 1004
  • Yael NAIM feat. Brad MEHLDAU, Coward

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