PLAYLIST – Émilie Delorme, récemment nommée à la tête du Conservatoire de Paris, possède un vaste panthéon musical intérieur, qu’elle nous livre en exclusivité. Une playlist à retrouver également sur nos chaînes sur YouTube et Spotify.

Alors qu’elle vient de prendre la direction du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, alias CNSMDP, et qu’elle doit gérer le cursus de ses étudiants en cette période de confinement, Émilie Delorme a pris le temps de nous envoyer sa playlist classique. Dix morceaux qui brassent large, de la délicate flûte de roseau d’un poème soufi au Sacre du printemps de Stravinsky. Laissons-lui la parole …

Igor STRAVINSKY
« Le sacre du printemps (1913) est une musique à laquelle je reviens en permanence et qui me semble très liée à ce que l’on vit en ce moment. Une grande puissance rythmique s’en dégage, évoquant les forces primitives de la nature à l’œuvre, avec son lot de dégâts, de sacrifices et de tentatives du groupe humain pour s’organiser. Pour moi, elle évoque en plus la découverte de l’univers de la chorégraphe Pina Bausch.

Luigi CHERUBINI
Les jours où je manque d’énergie, je mets l’Ouverture de Médée, un opéra comique de Luigi Cherubini [ … qui dirigeât le Conservatoire de Paris de 1822 à 1842, ndlr]. Je suis incapable de l’écouter assise ! C’est un peu la même chose pour l’ouverture de Tannhaüser de Wagner. Les deux sont sources de vie.

Joseph HAYDN
Bach et Haydn ont écrit des musiques qui permettent de se recentrer. Les écouter est pour moi une hygiène de vie, un retour nécessaire à l’essentiel. Et particulièrement le Concerto pour violoncelle en Do Majeur de Haydn, écrit en 1792. J’ai choisi la version de Jean-Guihen Queyras, qui excelle dans ce répertoire.

Manu THÉRON
La musique vocale a capella a également pour moi cette fonction de retour à un essentiel. Manu Théron et son ensemble Piadas l’illustrent bien. Qui plus est ici, avec poésie.
Ndlr : Manu Théron a grandi avec une grand-mère chanteuse lyrique et des parents amateurs de rock et de musiques électroniques. Après s’être formé aux métiers du son il s’est rendu en Italie, en Bulgarie, en Algérie…, à la rencontre des chants régionaux. Il s’est ensuite fixé à Marseille pour s’employer, avec différents ensembles, à réinventer la polyphonie occitane.

Barbara STROZZI
Il y a une liberté dans la musique de Barbara Strozzi qui invite à l’évasion, tout comme le temps du confinement invite à aller explorer de nouveaux répertoires. Voici sa chaconne Che si puo fare, toute en langueur et séduction.
Ndlr : une compositrice baroque que notre collaboratrice Nathalie Niervèze vous présentait ici.

Cécile CHAMINADE
On ne peut éviter de penser au sort auquel risquent d’être confrontés les festivals d’été. Chaque année depuis 20 ans, je vais à Aix en juillet et à Salon-de-Provence en août. J’apprécie notamment le travail de redécouverte du répertoire fait par les organisateurs du Festival de Salon : le pianiste Éric Le Sage, le clarinettiste Paul Meyer et le flûtiste Emmanuel Pahud. Ce Concertino en Ré Majeur composé en 1902 par Cécile Chaminade fut l’un des grands succès de l’été dernier, avec un Emmanuel Pahud brillant !

Le flûtiste Emmanuel Pahud est accompagné au piano par Florent Noack

Répétitions publiques du Conservatoire de Paris
Le Conservatoire de Paris a un fond d’archives à découvrir pendant cette période de confinement, notamment les master-classes et répétitions publiques, dans lesquelles on apprend énormément. Un exemple ? La répétition publique du chorégraphe Charlie Hodges et de l’Ensemble chorégraphique du CNSMDP. Ils travaillent Hearts and Arrows, du chorégraphe Benjamin Millepied sur des musiques de Philip Glass. Un leçon à plein de niveaux.

Retrouvez ici la chaîne YouTube du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris

MEDINEA
Medinea, MEDiterranean INcubator of Emerging Artists, [fondé par Émilie Delorme quand elle dirigeait l’Académie du Festival d’Aix, ndlr] est un projet de composition collective à partir des différentes cultures musicales méditerranéennes. On trouve beaucoup d’archives sur la chaîne YouTube de Medinea, avec à chaque fois de nouveaux instruments, de nouveaux timbres, de nouveaux modes… On peut s’évader à l’infini. En voici une session, menée par le jazzman Fabrizio Cassol, saxophoniste et compositeur, avec l’accompagnement d’Amir ElSaffar, compositeur, trompettiste, joueur de santour (un instrument proche du cymbalum), et chanteur.

Retrouvez ici la chaîne YouTube de Medinea

Moneim ADWAN
Je veux évoquer le bonheur des voix exceptionnelles avec Asghi ilal ney (Écoute la flûte de roseau), interprété par Moneim Adwan. Cette pièce est extraite du très beau disque Divine Madness|Souls in Exile, Quand la mélancolie de la Renaissance rencontre le soufisme. Cette musique m’évoque aussi le bonheur de la poésie du poète soufi Rumi, qui met en métaphore, dans ce poème, l’exil et le voyage :

Écoute la flûte de roseau, écoute sa plainte
Des séparations elle dit la complainte
Depuis que de la roselière on m’a coupée
En écoutant mes cris, hommes et femmes ont pleuré
Pour dire la douleur du désir sans fin
Il me faut des poitrines lacérer le chagrin
Ceux qui restent éloignés de leur origine
Attendent ardemment d’être enfin réunis
Moi j’ai chanté ma plainte auprès de tous
Unis aux gens heureux, aux malheureux, à tous
Chacun à son idée a cru être mon ami
Mais personne n’a cherché le secret de mon âme
Mon secret pourtant n’est pas loin de ma plainte
Mais l’oeil ne voit pas et l’oreille est éteinte
Le corps n’est pas caché à l’âme ni l’âme au corps
Ce sont les yeux de l’âme seule qui pourraient le voir
Le chant de cette flûte, c’est du feu, non du vent

Marc-Antoine CHARPENTIER
Et enfin en bonus : l’hymne de l’Eurovision (introduction du Te Deum de Charpentier). Nous incitons tous les musiciens à le jouer chaque vendredi à 19h, dans le cadre de l’opération #eurobalcon, lancée par les 2 CNSMD de Lyon et Paris ! »

Ndlr : nous vous en parlions récemment dans un article !

Retrouvez cette playlist sur notre chaîne YouTube et sur Spotify