PLAYLIST – Et si vous profitiez du confinement pour découvrir la musique contemporaine ? La chaîne YouTube de l’Ensemble intercontemporain, notre partenaire, avec ses 200 captations de concerts, offre un magnifique terrain de jeu. Voici une première playlist, constituée d’œuvres contemporaines incontournables.

Si on vous dit contemporain, vous faites la moue ? Pourtant, votre oreille est sans doute déjà familière de cette musique, présente dans des films, des jeux vidéos, des publicités, etc. Peut-être est-ce le moment d’entrouvrir une porte sur cet univers aux multiples dimensions.

Un peu d’histoire
L’Ensemble intercontemporain – EIC pour les intimes – est une exception française dont nous pouvons être fiers : 31 musiciens permanents dont la mission est de faire vivre la musique du XXe à aujourd’hui et de créer des œuvres nouvelles. Fondé en 1976 par Pierre Boulez, il collabore étroitement avec l’Ircam (Institut de Recherche et de Coordination Acoustique Musique) pour intégrer les nouvelles technologies multimédias à la musique. En résidence à la Philharmonie de Paris, il est dirigé par le chef et compositeur Matthias Pintscher depuis 2013. Voici une sélection de huit tubes contemporains et un concert-bonus pour découvrir l’EIC.

Edgar VARÈSE, le visionnaire
À tout seigneur tout honneur ! Un grand précurseur de la musique contemporaine se nomme Edgar Varèse. Né en 1883, il fut notamment l’élève de Claude Debussy. Dès avant la Première guerre mondiale, il entrevoit que l’on peut composer « avec la matière sonore elle-même ». À quel moment des bruits (d’une sirène par exemple) deviennent-ils de la musique ? Écoutez Ionisation, une pièce pour 13 percussions (dont un piano !), qui date de 1931. Indémodable !

Igor STRAVINSKY, le transmetteur
Sans doute connaissez-vous le compositeur du Sacre du Printemps ! Igor Stravinsky a gardé les instruments de la musique « classique » mais y a ajouté un grain de folie typiquement moderne. En 1915, il compose Renard à partir d’un conte traditionnel russe. En préface à sa partition, Stravinsky précise que Renard doit être joué par des clowns, des danseurs ou des acrobates, et de préférence sur des tréteaux, avec l’orchestre placé en arrière-plan. Cette musique sera chorégraphiée en 1922 par Nijinksy et les Ballets russes, la même équipe qui fit le succès (et le scandale !) du Sacre du printemps.

György LIGETI, la contemporaine au cinéma
Ne dites pas que vous n’avez jamais entendu de musique contemporaine ! Si vous avez vu le film de Stanley Kubrick, 2001 Odyssée de l’espace, alors vous déjà écouté la musique de György Ligeti. Ce natif de Hongrie découvre la musique occidentale via la radio allemande écoutée clandestinement, avant de se réfugier à l’Ouest en 1956. Ce qui frappe chez lui, c’est la beauté de la texture sonore : l’oreille ne capte pas une ligne de musique mais une véritable brume de sons. Pour preuve ce Concerto de chambre pour 13 instrumentistes.

Pierre BOULEZ, le maître
Ligeti rejoint l’Autriche et fait la rencontre de Pierre Boulez. Référence de la musique d’avant-garde, Boulez est l’un des architectes de la politique de création en France… dont la création de l’Ensemble intercontemporain ! Avec Répons (1984), il combine des techniques nouvelles : les sons d’un orchestre de chambre, des sons électroniques préenregistrés et de l’électronique réalisée en direct… le tout mixé par un ingénieur du son de l’Ircam, qui devient alors un musicien à part entière. Un chef d’œuvre !

Gérard GRISEY, une musique de l’espace
Si vous fermez les yeux en écoutant Espaces acoustiques (1985) de Gérard Grisey, vous pourrez croire que c’est un ordinateur qui joue cette partition. Et bien non ! Ces sonorités venues d’un autre monde (une musique spectrale selon le terme savant), sont bien celles d’un orchestre classique. Laissez-vous bercer par ces sons cuivrées, entre cloches et gongs, et par l’effet de vagues sonores qui vont et viennent, comme un ressac lancinant.

Luciano BERIO, l’artisan
Vous l’avez compris, la musique contemporaine pousse les limites du possible musical. La preuve encore avec Luciano Berio et une de ses 14 Sequenze pour instrument solo (1985). La dernière de ces séquences, la Sequenza XIV, est pour violoncelle seul. Écoutez comme le violoncelliste Éric-Maria Couturier invente une virtuosité nouvelle, à base de cordes pincées, d’effleurements à peine perceptibles, voire de percussions sur la caisse de son instrument… En naît une polyphonie assez fascinante, entre musique populaire et rock.

Charles IVES, le kaléidoscope
La musique contemporaine ne vit pas qu’en Europe ! Récemment, dans sa playlist, le conseiller artistique David Sanson nous parlait de Charles Ives, « l’un des pères de la musique américaine, qui excelle à faire surgir un monde ». Imaginé dès 1911, Charles Ives achève en 1935 Three Places in New England. Ces trois lieux de la Nouvelle-Angleterre sont-ils ensoleillés ou orageux ? De jour ou de nuit ? Y croisez-vous une fanfare ou une danseuse?… Tel est le jeu favori de l’auditeur de musique contemporaine : écouter et laisser venir à soi les images de son propre film.

BONUS : Concert-hommage à Pierre Boulez
Toute cette histoire (ou presque) se retrouve dans ce concert des 40 ans de l’EIC donné en mars 2017. Boulez y est fêté, aux côtés de Schönberg et Webern, deux « serials composers » qu’il vénérait (il faudra un jour qu’on vous parle sérieusement de musique sérielle…).

Liste détaillée des œuvres

  • Edgar VARÈSE, Ionisation
  • Igor STRAVINSKY, Renard
  • György LIGETI, Kammerkonzert
  • Pierre BOULEZ Répons
  • Gérard GRISEY, Espaces acoustiques
  • Luciano BERIO, Sequenza XIV
  • Charles IVES, Three Places in New England
  • Arnold SCHÖNBERG, Symphonie de chambre n° 1, op. 9
  • Anton WEBERN, Trois Lieder orchestrés, op. posthume|Deux Lieder op. 8|Cinq Lieder spirituels op. 15|Trois Lieder op. 18|Trois Textes populaires op. 17|Cinq Pièces op. 10
  • Pierre BOULEZ, sur Incises

Retrouvez cette playlist sur la chaîne YouTube de l’Ensemble intercontemporain.