Confiture ou confinement : le meilleur des orchestres virtuels

COMPTE-RENDU – Un kaléidoscope de musiciens jouant chacun chez soi et pourtant tous ensemble. Vous avez certainement vu passer sur vos écrans ces drôles de propositions de vos orchestres favoris qui prennent leur revanche sur le confinement. A boire et à manger ? Tout d’horizon international des orchestres « cuisine ».

L’un dans le salon, l’autre à la table du petit-déjeuner, la troisième avec le chien et les enfants. Confinement oblige, nombreux sont les artistes qui se réinventent pour garder le contact avec leur public, rendre hommage, partager un peu de beauté… ou d’humour. Et les orchestres ne sont pas en reste ! Le Boléro de Ravel à Paris ou la troisième symphonie de Mahler à Baltimore : ils et elles se filment jouant leur partie, et une baguette magique vient les mixer tous ensemble pour recréer l’illusion du concert. Voici notre classement, en toute subjectivité !

Les « faciles »
Avec l’Ode à la Joie de Beethoven, l’Orchestre philharmonique de Rotterdam était un des premiers à expérimenter ce format devenu – presque – à la mode. L’Orchestre national de France et l’Orchestre philharmonique de New York ont, pour leur part, choisi d’interpréter le Boléro de Ravel. Quant à l’Orchestre philharmonique de la Scala, il a jeté son dévolu sur le Canon de Pachelbel, qu’on nous ressort à chaque mariage.

Si l’initiative est jolie et appréciable, on est moins convaincu par le choix des pièces, un peu faciles à notre goût, mais tout à fait adaptées à ce type de challenge (succession de solos dans le Boléro de Ravel par exemple). Avec un tel registre d’appel, ces prestations ont le mérite, en revanche, de parler à tout le monde !

Les décalées
On pourra admirer les musiciens de l’Orchestre national de Lyon interpréter Au matin, d’Edvard Grieg en… pyjama. Le résultat est joli et les captation et mixage du son si bons qu’on a cru que c’était un enregistrement !

Chapeau à l’Orchestre national du Capitole d’avoir interprété, chacun chez soi, la Marche Hongroise tirée de La Damnation de Faust d’Hector Berlioz. C’est quand même un gros morceau orchestral, c’est vraiment eux qui jouent et on y entrevoit parfois de touchants moments de vie familiale. Avec quelques scènes insolites, comme les cordes utilisant … un rouleau de papier toilette en guise d’archet !

À noter aussi la prestation de l’Orchestre symphonique du Centre Val de Loire, l’Inattendu, qui ne se prend pas du tout au sérieux en nous proposant une reprise de YMCA. Cette petite pépite d’humour, avec un chef (Clément Joubert) qui joue d’autodérision, nous ramène à la réalité.

Tout comme l’enregistrement de La La Land par l’Orchestre des Pays de Savoie : un enregistrement à distance avec des outils probablement très différents selon les musiciens. Faut-il, ici particulièrement, saluer les techniciens responsables des mixages son ? Très probablement ! La preuve avec cette vidéo de France Musique, racontant les coulisses de réalisation du Boléro de Ravel par l’ONF, qui laisse imaginer un travail technique titanesque.

Les ambitieuses
La palme du concert confiné le plus ambitieux revient à… l’Orchestre symphonique de Baltimore, qui interprète un extrait de la 3ème symphonie de Malher, une pièce exigeante que l’orchestre répétait juste avant le confinement. Le résultat est plutôt très réussi !

L’Orchestre symphonique de Lahti (Finlande) n’est pas en reste, avec son enregistrement à distance de Finlandia op 26 du compositeur finlandais Jean Sibelius, avec pas moins de 62 musiciens : une jolie prouesse !

Enfin, l’Orchestre de l’Opera North, qui a, lui aussi, vu son concert d’avril annulé et a décidé de le maintenir d’une certaine manière en proposant l’introduction du célèbre poème symphonique de Strauss, Ainsi parlait Zarathoustra -connue aussi pour être la BO de 2001 Odyssée de l’espace-, qui était au programme, en mode confiné : une réussite !

Les touchantes
In fine, les plus touchantes – et forcément nos chouchous – sont les prestations qui rendent hommage à tous ceux mobilisés pendant l’épidémie, pour assurer la continuité de nos quotidiens : infimier.es, médecins, caissier.es, éboueurs, chauffeurs etc. Citons, parmi elles, notre favorite : l’Orchestre de l’Opéra de Paris qui interprète After the storm, de Nicolas Chatenet. Outre un choix de pièce judicieux, le rendu est aussi étonnant qu’émouvant et le montage vidéo, très touchant. Le chœur de l’Opéra de Paris a également rendu hommage à « ceux qui affrontent le COVID-19 au quotidien », quelques jours plus tôt, en interprétant un extrait de Turandot de Puccini.

L’Orchestre philharmonique de Nice a quant à lui aussi relevé un joli défi en interprétant Carmen à 34 musiciens – au lieu de la centaine habituelle – « en soutien aux milliers de Carmen, femmes et hommes, qui bravent tout pour aider, nourrir, accompagner, soigner les autres ». Enfin, on a particulièrement apprécié aussi la vidéo de l’Orchestre symphonique de Milwaukee sur les Variations Enigma d’Edward Elgar, enregistré en hommage à Walter Robb, membre de l’orchestre décédé du Coronavirus en mars dernier.

Bien sûr, la liste s’allonge de jour en jour, et il est impossible d’être exhaustif, so… stay tuned*!

*Restez à l’écoute!