PARTENARIAT – La semaine dernière, nous vous présentions notre partenaire l’Ensemble intercontemporain par le biais d’une première playlist d’œuvres incontournables. En voici une deuxième, qui fait la part belle à la création, avec des œuvres jouées pour la première fois il y a moins de sept ans, dans le cadre des concerts de l’ensemble.

L’Ensemble intercontemporain, créé par Pierre Boulez en 1976, défend le répertoire contemporain et la création, comme les sept œuvres de cette playlist, toutes comprises entre avril 2014 et février 2020.

CRÉATION ET CRÉATIONS, Genesis
À l’occasion de ses 40 ans, en mars 2017, l’Ensemble intercontemporain a sollicité sept compositeurs pour écrire chacun une pièce, correspondant à un jour de la Création, suivant en cela le Livre de la Genèse :

  • 1er JOUR|Chaya CZERNOWIN, On the Face of the Deep
  • 2e JOUR|Marko NIKODIJEVIC, dies secundus
  • 3e JOUR|Franck BEDROSSIAN, Vayehi erev vayehi boker
  • 4e JOUR|Anna THORVALDSDOTTIR, Illumine
  • 5e JOUR|Joan MAGRANÉ FIGUERA, Marines i boscatges
  • 6e JOUR|Stefano GERVASONI, Eufaunique
  • 7e JOUR|Mark ANDRÉ, riss 1

Au cours de ce concert on suit vraiment le processus créatif, pourrait-on dire, du magma originel à l’homme, en passant par la lumière (roulements de caisse claire), l’univers, la terre et les animaux. À écouter dans son canapé, les yeux fermés, pour suivre cette Création en sept étapes musicales.

Yann ROBIN, Triades
Ne vous fiez pas au calme olympien de la jeune cheffe taïwanaise Lin Lao dirigeant dans cette vidéo Triades, de Yann Robin. Cette œuvre pour contrebasse, ensemble et dispositif électronique, crée le 7 février 2020 à la Philharmonie de Paris, est un immense défi technique. Chaque musicien est équipé d’un micro et les sons captés sont envoyés à Manuel Poletti et Robin Meier, deux ingénieurs du son de l’Ircam (Institut de Recherche et de Coordination Acoustique Musique). Simultanément, ils retraitent le son pour en révéler tel ou tel aspect. Pour comprendre le niveau de la performance, pensez au transcripteur des dernières allocutions d’Emmanuel Macron qui, dans l’instant, sous-titre le discours. Imaginez la même chose en ingénierie sonore !

Matthias PINTSCHER, Sonic eclipse
Nous vous le disions dans notre première playlist, la musique contemporaine aime détourner l’usage classique des instruments. Tout comme Matthias Pintscher, le directeur musical de l’Ensemble intercontemporain, dans Sonic eclipse (2010). Bruits de pistons de la trompette, jeux de sourdines du cor, cordes du piano frappées avec des baguettes, effleurements des cordes…, le compositeur mobilise quelques instruments en acoustique, sans retraitement électronique, pour créer une musique palpable, enveloppante et douce. Tout est dans la mise en place rythmique et dans les modes de jeu. Une pièce propice à laisser s’évader l’imagination.

Hèctor PARRA, Inscape
Le compositeur catalan Hèctor Parra est passionné de sciences. Réalisé en collaboration avec l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet, son Inscape (2018) est un voyage ‘psycho-acoustique’ d’une demi-heure, aux limites du monde connu, vers un univers bien au-delà de notre expérience sensorielle. Sa source d’inspiration est le phénomène de « mirages visuels » provoqués par les forces gravitationnelles qui « plient » l’univers. Inscape est un formidable voyage imaginaire à travers un trou noir acoustique. Peu à peu, la puissance croissante de l’effectif orchestral (écoutez le crescendo vers 4:30 !), activée par une électronique de plus en plus présente, propulse vers des zones à très forte énergie, qui déforment la perception de l’espace-temps musical.

Raphaël CENDO, Badlands
Écrit pour percussionniste seul (Gilles Durot ici), Badlands (2014), du Français Raphaël Cendo, est pour tous ceux qui pensent que jouer du triangle dans un orchestre, c’est du pipeau ! Vous allez assister à une performance individuelle et musicale assez impressionnante, avec un instrumentarium (l’ensemble des instruments utilisés dans une œuvre) qui ne l’est pas moins. À écouter les yeux grand ouverts !

Bryce DESSNER, Raphael
Le compositeur nord-américain Bryce Dessner a (au moins) deux amours : le rock (il est l’un des membres du groupe The National) et la musique contemporaine. Le point commun entre les deux ? Un instrument, le sien : la guitare électrique. Dans sa pièce Raphael (2008), elle se fait caressante et voluptueuse. Le temps coule lentement, sans heurt. Excellent pour se glisser dans le rapport au temps particulier que nous impose le confinement.

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Olga NEUWIRTH, Eleanor
Les créateurs/créatrices de musique contemporaine n’oublient pas que la voix est l’instrument le plus commun, le plus immédiat et le plus ductile. Un exemple avec Eleanor (2014), de la compositrice autrichienne Olga Neuwirth. Elle compose pour ensemble d’instruments et une chanteuse de blues, tour à tout récitante sur un tapis musical et soliste dialoguant avec les musiciens. Eleanor porte la dédicace « Remembering the vision, courage and lasting endurance of Martin Luther King » (en mémoire de la vision, du courage, et la persévérance de M. L. King) et salue les voix oubliées du mouvement des droits civiques des Noirs américains.

Bonus Grand soir numérique
Le 7 février 2020, dans le cadre de Némo – Biennale internationale des arts numériques d’Île-de-France, l’Ensemble intercontemporain participait au Grand Soir Numérique,soulignant le dialogue entre la musique contemporaine et les arts numériques contemporains.

Liste détaillée des œuvres

  • Genesis de Chaya Czernowin, Marko Nikodijevic, Franck Bedrossian, Anna Thorvaldsdottir, Joan Magrané Figuera, Stefano Gervasoni et Mark André
  • Yann Robin, Triades
  • Matthias Pintscher, sonic eclipse
  • Hèctor Parra, Inscape
  • Raphaël Cendo, Badlands
  • Bryce Dessner, Raphael
  • Olga Neuwirth, Eleanor

Retrouvez cette playlist sur notre chaîne YouTube, Spotify et sur la chaîne YouTube de l’Ensemble intercontemporain.