Pierre Boulez

Les playlists de l’Ensemble intercontemporain #3 : Pierre Boulez de B à Z

PARTENARIAT – Impossible de faire le portrait de l’Ensemble intercontemporain sans évoquer son fondateur, Pierre Boulez. Grand chef d’orchestre et figure polémique, il était avant tout un créateur. Cette playlist présente sa musique à travers huit vidéos de l’Ensemble intercontemporain (EIC), né en 1976 sous son impulsion.

Si vous demandez aux musiciens ce qu’ils pensent de Pierre Boulez, certains vont froncer les sourcils et évoquer son aspect polémique de théoricien adepte de la « table rase » en musique. Ceux qui l’ont rencontré et côtoyé parlent d’un homme adorable et discret, polissant patiemment ses œuvres et vouant une dévotion au musicien-instrumentiste.

À l’écoute de cette playlist qui lui est consacrée, la balance penche nettement en faveur des seconds.

RÉPONS – 1981/1984
Œuvre-phare des tournées internationales de l’EIC, Répons est LA carte de visite de Boulez. Il y apparait à la fois comme un grand connaisseur du passé (le terme « répons » appartient à la musique médiévale) et un adepte de la modernité. Cette œuvre est une spectaculaire aventure sonore : 24 musiciens se placent au centre de l’espace scénique, enchâssés par le public, lui-même entouré des six solistes sur-élevés et à équidistance, eux-mêmes cernés par six groupes de hauts-parleurs sophistiqués retraitant les sons en temps réel.

Grand technophile, Boulez rend indispensable ici le logiciel 4X, développé par l’Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique). 4X enregistre, transforme et rediffuse le son des musiciens, faisant de l’ingénieur du son le septième soliste de Répons.

PLI SELON PLI – 1957/1990
Les titres des œuvres de Boulez cachent souvent tout une histoire. Pli selon pli n’évoque pas la capacité de Pierre à repasser ses chemises mais son amour pour la poésie française ! En l’occurrence, celle de Stéphane Mallarmé, impressionniste et sensuelle. Son titre est extrait du sonnet Remémoration d’amis belges, dans lequel un brouillard se dissipe progressivement, laissant peu à peu se deviner la cité lacustre de Bruges :

Comme furtive d’elle et visible je sens
Que se dévêt pli selon pli la pierre veuve

Boulez n’a cessé de remanier Pli selon pli, sur plus de trente ans, mais son sujet n’a jamais dévié : une soprano chante les mots du poème tandis qu’un petit orchestre fait entendre leur sens : la brume, le souffle, l’aile du cygne et… l’amitié.

EXPLOSANTE-FIXE… – 1991/1993
J’ai dit fixe, soldat Boulez ! …Explosante-Fixe… : voilà encore une pièce au nom énigmatique ! Comment peut-on à la fois exploser et ne pas bouger ? Dégoupiller une grenade et rester au garde-à-vous ? Pierre Boulez nous met sur la piste en désignant la conclusion de L’amour fou, du poète surréaliste André Breton : « La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle, ou ne sera pas ».

Pour matérialiser ce surréalisme, Boulez convoque la flûte traversière : contrastes de dynamiques, percussion fine de l’attaque des lèvres dans l’embouchure, jeux de suspension des respirations et fluidité du discours…

MÉMORIALE – 1985
En 1985, le compositeur souhaite rendre hommage au flûtiste de l’Ensemble intercontemporain, Larry Beauregard, emporté par un cancer fulgurant. Larry était « le modèle de ce que devrait être, idéalement, tout musicien du futur », selon Pierre Boulez. Il reprend alors la partition d’…Explosante-Fixe… (ou la flute est essentielle, voir plus haut) pour en extraire une courte pièce. Ainsi naît Mémoriale.

SUR INCISES – 1996/1998
Et pourquoi pas sous ?! Incises est une pièce pour piano solo écrite par Boulez en 1994 pour un grand concours international. Composé deux ans plus tard, sur Incises en est le prolongement. Pas d’électronique ici. Seulement trois pianos, trois harpes et trois percussions-claviers (vibraphones, marimbas, jeux de cloches). De ce mélange instrumental original (que des instruments pouvant faire vibrer le son) ressort une musique extrêmement vibratoire, dans laquelle les sons d’origine se fondent.

MESSAGESQUISSE – 1997
Message, Sagesse, Esquisse ? Écrit pour violoncelle solo et six violoncelles, Messagesquisse contient des messages codés à destination de Paul Sacher, grand mécène de la musique du 20e siècle et dédicataire de l’œuvre. Au-delà de la private joke entre copains, Messagesquisse est un impressionnant travail sur les résonances et leurs interactions, doublé d’une partition très virtuose pour les sept violoncellistes.

SONATINE – 1946
Un peu comme une chocolatine, mais en sonate ! Sonatine est une pièce écrite par un Boulez tout juste sorti du Conservatoire de Paris. Qui dit sonatine dit sonate miniature, pour un duo intime, ici celui d’une flûte et d’un piano. On y sent l’influence sur le jeune Pierre de l’écriture tonale éclatée de Schoenberg, de la minutie du discours de Webern et des effets de couleurs et d’attaques de Messiæn.

CUMMINGS IST DER DICHTER – 1970
Composée en 1970 pour seize voix solistes et orchestre, cummings ist der dichter (« cummings est le poète »), met en musique un texte du poète américain E.E. Cummings. Boulez y développée l’idée qu’un lien animiste connecte le chant des oiseaux et la plénitude de l’espace. Traités sur un pied d’égalité, les chanteurs et les musiciens participent d’un même objet sonore. Beaucoup de compositeurs actuels se sont nourris de cette œuvre et de cette manière de composer, à commencer par Georges Benjamin, qui dirige ici.

Liste détaillée des œuvres

  • Répons
  • Pli selon pli
  • …Explosante-Fixe…
  • Mémoriale
  • sur Incises
  • Messagesquisse
  • Sonatine
  • cummings ist der dichter

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