PLAYLIST – Cette quatrième playlist de l’Ensemble intercontemporain est faite pour planer. Spirale musicale pour entrer en transe, percussions pour guider en méditation, voix des baleines pour plonger dans l’immensité. Suivez le guide !

Jonathan HARVEY, Bhakti
Pour écouter la musique contemporaine planante, il faut savoir tendre doucement l’oreille, peut-être fermer les yeux. Le premières notes de Bhakti (1982), qui signifie dévotion en sanskrit, sont très douces. Puis, se déroule lentement une longue mélopée incantatoire et prenante, dans laquelle les sons acoustiques et les sons enregistrés se mélangent harmonieusement.

Morton FELDMAN, Rothko Chapel
Même la musique « savante » a eu son époque New Age et Flower power. La musique, elle aussi, cherche à réinventer de nouveaux rituels, une nouvelle spiritualité. En 1971, l’Américain Morton Feldman compose Rothko Chapel, une pièce pour soprano, voix d’alto, chœur et trois instruments, qui ne cache pas ses liens avec le religieux. La pièce a été écrite pour être interprétée dans une chapelle de Houston (Texas), construite en 1964, aux murs ornés de peinture de Mark Rothko. Feldman prend le parti de l’épure et de l’élévation. Ascétique sans être aride, l’écoute de cette pièce nettoie en profondeur. Des scansions du chœur, ponctuées par des coups de cloches, viennent baliser le temps, comme la prière des moines du Moyen-Age, pendant que des lignes seules d’instruments viennent figurer une ligne grégorienne intemporelle.

Marko NIKODIJEVIC, K-hole / schwarzer horizont
La danse circulaire est l’un des moyens pour entrer en transe. Vous connaissiez sans doute les tarentelles italiennes, peut-être les rythmes africains… voici la version contemporaine, signé du jeune compositeur serbe Marko Nikodijevic. Dans cette œuvre de 2014, commande de l’Ensemble intercontemporain, l’électronique et l’acoustique ne font plus qu’un pour plonger l’auditeur au cœur d’une douce spirale sonore, incantatoire et cosmique, de laquelle émergent de temps à autre des bribes de mélodies, teintées de folklore. Cette étrangeté sonore, qui accompagnerait bien un film de science-fiction (on pense à 2001 Odyssée de l’espace, et la musique de Ligeti), se déploie en vagues lentes et régulières, en un crescendo inexorable de dix-huit minutes…

Toru TAKEMITSU, Archipelago S
Ici, pas d’électronique. Seulement la musique, douce et pénétrante, du japonais Toru Takemitsu. Pour Archipelago S (1993), Takemitsu mobilise vingt-et-un instrumentistes répartis en cinq groupes. Le langage musical est modal, sans à-coups, directement inspiré de Debussy et Messiæn. On y retrouve la harpe, les cloches, le célesta. Le jeu de questions/réponses laisse passer les respirations ; une vraie séance de yoga.

Michael JARRELL, Assonance VII
Déjà dans notre première playlist dédiée à l’Ensemble intercontemporain, nous vous faisions voir et entendre une pièce pour percussionniste seul. Avec Assonance VII (1992), Jarrel joue de la force envoûtante des percussions. Cloches, gongs, bols tibétains : les traditions sont nombreuses pour accompagner la méditation et la prière. Suggérer sans s’affirmer : le percussionniste sait se faire ici baguettes de velours !

George CRUMB, Vox Balaenae
Pas besoin d’être un latiniste averti pour supposer que Vox Balaenae signifie « La voix de la baleine ». En effet, dans cette pièce de 1971, pour trois instrumentistes masqués (c’est indiqué sur la partition !) et électronique, les harmoniques (cordes tout juste effleurées), dosées de main de maître par le violoncelliste Pierre Strauch, figurent magnifiquement le chant fascinant de ces mammifères marins. Autour de cette idée musicale récurrente, se déploie une musique vaste et calme. Un comble, quand on sait qu’elle n’est produite que par trois instrumentistes, masqués de surcroît. Mais l’électronique est là, qui permet l’amplification du propos. Ici, le danseur et chorégraphe Tero Saarinen vient accompagner le geste musical, mis en lumière par Mikki Kunttu.

Liste détaillée des œuvres :

  • Jonathan HARVEY, Bhakti, 1982, pour quinze musiciens et bande enregistrée.
  • Morton FELDMAN, Rothko Chapel, 1971, pour soprano, voix d’alto, chœur et 3 instruments.
  • Marko NIKODIJEVIC, K-hole / schwarzer horizont, 2014, pour ensemble et électronique.
  • Toru TAKEMITSU, Archipelago S, 1993, pour vingt-et-un instrumentistes répartis en cinq groupes.
  • Michael JARRELL, Assonance VII, 1992, pour percussions.
  • George CRUMB, Vox Balaenae, 1971, pour trois instrumentistes masqués et électronique.

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