PLAYLIST – Laurence Équilbey est une cheffe d’orchestre et une meneuse de projets musicaux innovants. Son chaudron musical, dans lequel se côtoient des Lieder, de la pop, de l’orchestral et du technologique, est bouillonnant. Une playlist à retrouver également sur nos chaînes YouTube et Spotify.

Le projet Magic Mozart, qui faisait appel à la magie de la Compagnie 14:20, est reporté en novembre à la Seine musicale. Quant au disque du même nom, il sortira seulement à l’automne. La crise sanitaire est un véritable coup d’arrêt pour l’activité d’Insula orchestra et de sa cheffe, Laurence Équilbey. Pour autant elle souhaite, avec ses musiciens, retrouver aussi vite que possible le chemin des planches, en proposant avant l’été des spectacles spatialisés.

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En attendant des jours meilleurs, elle a pris le temps de nous livrer sa playlist, toute en émotions intérieures. Laissons-lui la parole…

Robert SCHUMANN, Kinderszenen n°12, Enfant qui s’endort
« Quand j’aime énormément quelque chose, c’est souvent du Schumann. Avec une grande économie de moyens, simplement par la force de l’harmonie, il crée ici un climat fort, intime, tendre et nostalgique. L’interprétation de Brigitte Engerer y est aussi pour beaucoup. Malgré le temps qui passe, elle me manque toujours autant.

Brigitte Engerer (piano)

Anton DVORAK, Mélodie tzigane op. 55 n°4 
J’écoute souvent des Lieder avec piano, une forme parfaite pour la maison. Anne-Sofie von Otter a ouvert son répertoire, notamment aux folksongs, et ça lui convient parfaitement. J’aime les musiques irrésistibles dès la première seconde : celle-là en est une.

Anne-Sophie von Otter (mezzo-soprano), Bengt Forsberg (piano)

Damien RICE, Accidental babies
Damien Rice est Irlandais. Il a partagé la vie de l’actrice française Mélanie Laurent et travaillé sur son premier album. Accidental babies est un titre qui m’accompagne depuis très longtemps. Il parle d’une rupture amoureuse. Cette chanson est longue, un format hors-norme pour une chanson de pop. Damien Rice chante avec une justesse, des inflexions et des couleurs d’harmonies absolument exceptionnelles. Là aussi, comme dans le Schumann finalement, on est dans l’économie de moyens : seulement sa voix et un piano.

Damien Rice (chant & piano)

AaRON, U Turn (Lili)
Ce duo de chanteurs, AaRON, a un son incroyable, très magnétique. Je les avais découverts grâce au film Je vais bien ne t’en fais pas, de Philippe Lioret, avec Mélanie Laurent dans le rôle principal : un point commun avec Damien Rice !

AaRON (Simon Buret & Olivier Coursier)

Franz SCHUBERT, Nacht und Traüme 
J’ai pleuré en entendant pour la première fois ce Lied de Schubert, dans cette interprétation. Pour la partie centrale, Schubert bascule du mineur vers le majeur, créant un effet unique d’espérance douce. C’est déchirant ! Encore une fois, c’est écrit avec une grande économie de moyens.

Ian Bostridge (ténor), Julius Drake (piano)

J’ai eu le plaisir d’enregistrer une version de ce Lied de Schubert avec orchestre, en demandant au compositeur Franck Krawczyk d’en faire la transcription. Il s’est attaché à maintenir l’effet d’apesanteur et d’intimité, propre à ce Lied, comme si Schubert lui-même l’avait orchestré.

Stanislas de Barbeyrac (ténor), Insula orchestra, Laurence Équilbey (direction)

Maurice RAVEL
Lever du jour, extrait du ballet Daphnis et Chloé
Après cette vision nocturne de Schubert, un Lever du jour de Ravel tout à fait irrésistible. Quand vous entendez cette montée progressive et rapide en concert, vous vous levez de votre fauteuil ! Vous vous sentez happé, tel un aimant vers le ciel. C’est un de mes moments préférés dans tout le répertoire classique.

London Symphony Orchestra, Valery Gergiev (direction)

Gabriel FAURÉ, In Paradisum
Le Requiem de Fauré est un de mes grands souvenirs. J’ai adoré monter ce projet et je l’ai beaucoup dirigé. Fauré, comme Schumann, est un grand harmoniste. Et comme Schubert, il a su traduire en musique, dans son In Paradisum, cet espace-temps pendant lequel rien ne se pose et où tout est en élévation : c’est bouleversant. On a vraiment l’impression d’arriver au paradis.

Christoph Willibald GLUCK, Che Puro Ciel
Gluck, dans son opéra Orphée et Eurydice, a lui aussi imaginé en musique une arrivée au paradis, celle d’Orphée en l’occurrence. Le texte est magnifique : Quel ciel pur ! Quel clair soleil ! Quelle lumière sereine ! En quelle douce harmonie s’unissent le chant des oiseaux, le cours des ruisseaux, le murmure de la brise ! Voici le séjour des héros bienheureux. Sa douce voix, ses tendres regards, son beau sourire, voilà mon seul Elysée.

J’aimais tellement ce passage que j’ai souhaité le transcrire en vidéo, avec la complicité de l’agence de création visuelle Superbien. Le nuage suspendu incarne l’illumination spirituelle et l’ascension de l’esprit. La lumière vit à travers le prisme du nuage, fait de plexiglas, transparent et angulaire, et de tulle, vaporeux et opaque. »

Franco Fagioli (contre-ténor), Jean-Marc Philippe (hautbois), Insula orchestra, Laurence Équilbey (direction)

Liste détaillée des œuvres :

  • Robert SCHUMANN, Kinderszenen (scènes d’enfant) n°12, Kind im Einschlummern (Enfant qui s’endort) 
  • Anton DVORAK, Zigeuner Melodie, op. 55 n°4 (Když mne stará matka|Als die alte Mutter|Alors que la vieille mère) 
  • Damien RICE, Accidental babies
  • AaRON, U Turn (Lili)
  • Franz SCHUBERT, Lied Nacht und Traüme, D 827 
  • Franz SCHUBERT, Lied Nacht und Traüme, transcription Franck Krawczyk
  • Maurice RAVEL, Lever du jour, extrait du ballet Daphnis et Chloé
  • Gabriel FAURÉ, In Paradisum, extrait du Requiem
  • Christoph Willibald GLUCK, Che Puro Ciel, de l’opéra Orphée et Eurydice

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