La playlist classique de Nicolas Horvath, pianiste

PLAYLIST – Nicolas Horvath est un artiste aux oreilles particulièrement ouvertes. Généreux et curieux, il a permis la redécouverte de pièces oubliées de Debussy et de Liszt : son dernier album s’intitule Debussy inconnu. Mais c’est en tant que marathonien du piano qu’il a fait la Une : on lui doit plusieurs « Nuit Satie » et « Nuit Glass ». Amoureux de bizarreries sonores, musicien espiègle et chrétien, Horvath a naturellement concocté une playlist qui décoiffe ! Une playlist à retrouver également sur notre chaine YouTube et sur Spotify.

Attention, embarquement pour un voyage sonore qui ne vous laissera pas insensible. Petit conseil : suivez chaque étape du processus ; il y a un tournant à ne pas rater… Laissons à présent la parole à Nicolas Horvath…

« Voici ma playlist post-confinement, entre tourmente et renaissance. J’en avais commencé une toute autre, beaucoup plus « traditionnelle » et légère, faite de découvertes et de certains de mes must-listen (incontournables). Mais les récents événements en ont décidé autrement…

La Vie en Tourmente

Philip GLASS, Koyaanisqatsi – Ending Scene
Je n’ai pas eu la chance de découvrir Koyaanisqatsi lors de sa sortie en salle au cinéma, en 1982. La musique est poignante. C’est une des plus grandes réussites de Philip Glass. Elle prend tout son sens en association avec les images de Reggio, mettant en lumière notre arrogance face à la nature …

BOHREN & DER CLUB OF GORE, Midnight Black Earth 
Cette musique hypnotique du groupe allemand Bohren und der Club of Gore est un jazz sombre et étiré. J’ai eu la chance d’assister à un de leur tout premier concert parisien il y a plus de 20 ans, sur une péniche. Le concert était un bide, avec trois personnes dans l’assistance ! Le groupe ne s’est pas démonté. Aucune lumière si ce n’est une fine lumière blanche sur le saxophone et des lampes jaunies sur le reste du groupe. Une ambiance très « fin du monde » pour une musique d’un sensualisme noir …. Un choc sismique !

Alexandre SCRIABINE / John ZORN, Prélude op.74 Très lent, contemplatif, extrait de Naked City – Grand Guignol
Scriabine est mon compositeur favori. Dans les ultimes préludes, sa noirceur est poussée à son paroxysme. Aucun rayon de lumière ne peut pénétrer ces abîmes. De nombreux artistes de la scène expérimentale et/ou pop ont essayé de s’approprier la musique classique avec plus ou moins de bonheur (je pense en particulier à l’horrible Baby Alone in Babylone de Gainsbourg/Birkin). Ici, le succès est total car les deux univers cohabitent parfaitement !

Galina USTVOLSKAYA, Sonate n°6
Déflagration ! Ici, point de salut : la musique ultra radicale d’Ustvolskaya dévaste tout sur son passage ! Si Scriabine, avec Vers la Flamme, avait entraperçu la déflagration nucléaire, Ustvolskaya nous implante au cœur-même de la sphère de plasma ! Pour ceux qui (comme moi) en ont assez que la représentation des compositrices soit cantonnée à Clara Schumann et autres Cécile Chaminade, découvrez sans plus attendre la musique coup de poing d’Ustvolskaya !

SUNN O))), Life Metal (Aurora)
Sunn O))) (prononcez simplement Sun, à l’Américaine), est un groupe de drone metal originaire de Seattle. Drone metal ? Un mur de sons si puissant qu’il a la fulgurance d’un drone… Cet album Life Metal est la rencontre de l’univers de Sunn O))) avec celui de la musique expérimentale, incarné par Alvin Lucier et Iancu Dumitrescu, mais également avec celui, étrange et pénétrant, de Hildur Guðnadóttir, nommée aux Oscars 2020. Cet album de SUNN O))) est un événement et j’ai hâte de découvrir leurs prochaines évolutions !

Renaissance

Petit clin d’œil aux plus aventureux qui ont suivi cette playlist : toutes les pièces à venir sont un miroir inversé de la première sélection…

Hildegard von BINGEN, Les Chants de l’Extase
Hildegard von Bingen était l’une des plus grandes « génies » de son temps (NB : le 12ème siècle!). Elle a réussi dans tous les domaines qu’elle pouvait toucher. Nous sommes là dans l’épure de la musique médiévale. Musicalement, nous trouvons de magnifiques chants féminins surplombant un bourdon qui (dans cet enregistrement) est soit chanté, soit joué à l’instrument.

ALCEST, Souvenirs d’un autre monde
Alcest est un groupe français de shoegaze (rock alternatif, un peu underground et flirtant avec le métal…) qui révolutionna la scène expérimentale extrême. Dans cet album très léger, mélancolique et à la limite du naïf, Neige (le leader et fondateur du groupe) nous invite dans son monde onirique et féerique.

CHOPIN, Mazurkas
Ma découverte du jeu pianistique de Youra Guller s’est vraiment faite par le plus grand des hasards, lors d’une brocante : cet album était un « cadeau » du vendeur ! Et quel cadeau ! Le Chopin de Youra Guller est élégant, racé, indomptable mais sobre … Une interprétation lumineuse d’une pianiste malheureusement tombée dans l’oubli !

LES WITCHES, Mr Lane’s Maggott, de l’album Nobody’s Jig
Une évidence… Mon must listen (incontournable) !  Voilà LA musique que j’écoute pour me mettre en joie, la complète antithèse de celle de Bohren und der Club of Gore (voir plus haut) ! L’ensemble Les Witches explore la musique baroque et renaissance sur instruments d’époque. Nobody’s Jig est un album recréant des danses issus d’un livre du 17ème siècle d’un maître de danse anglais, John Playford. Je le conseille pour les longs trajets en voiture, en dehors des autoroutes, lors de longs détours dans de nombreux villages … de jour !

Bande originale du film O Brother
Nous avons commencé par une bande originale de film assez apocalyptique, terminons par une autre bien plus légère : celle du film O Brother, des frères Cohen. Complémentaire de l’album Nobody’s Jig, cette BO est un autre must listen & must take (un incontournable à emporter…) pour tout long voyage ! La musique est joyeuse, mélangeant gospel, blues, country …. Si cet été vous croisez une voiture jouant cette musique, il y a de forte chance que ce soit nous ! Et dans ce cas-là … n’hésitez pas à venir nous faire un signe amical !

Un petit Bis ?

Patrick RICHARD, Mon Dieutu es Grand, tu es Beau (Psaume de la création)
La prière de Saint François d’Assise, remerciant Dieu pour la beauté de sa Création… Sans doute, musicalement, la version de Liszt aurait fait « plus sérieuse », mais cette version chorale a l’immense avantage de rendre le message du texte extrêmement compréhensible. Aussi … ce chant nous a beaucoup accompagné ces dernières années, que ce soit lors de notre cérémonie de mariage mais aussi quotidiennement, au chevet d’une personne qui a maintenant rencontré le Créateur…

Je vous remercie de m’avoir accompagné lors de ces quelques pièces, et espère que vous avez fait un beau voyage … »

Retrouvez cette playlist sur notre chaine YouTube et Spotify.