Inversion des rôles à l’Opéra Comique !

COMPTE-RENDU – Un concert inversé, avec le public sur scène et les musiciens dans la salle ? Oui, c’est possible. L’Opéra Comique vient de le faire, pour un concert de sa Maîtrise populaire. On y était, on vous raconte.

Olivier Mantei est un homme heureux. Directeur de l’Opéra Comique depuis 2015, il vient d’apprendre qu’en Conseil des ministres, son mandat avait été renouvelé pour 3 ans. Sous sa férule, la maison est devenue l’un des grands acteurs de l’innovation artistique, faisant régulièrement s’élargir et bouger la bulle lyrique parisienne. Et parce que, comme il le dit lui-même, « 70 personnes sur une scène c’est magique, quand 200 personnes dans une salle de 1000 places, pour raisons sanitaires, c’est déprimant », il a décidé de tordre le coup au mauvais sort en organisant un concert inversé : le public sur le plateau et les musiciens dans la salle, en l’occurrence des chanteurs, ceux de la Maîtrise populaire.

La maîtrise populaire de l’Opéra Comique ? 100 enfants et jeunes, âgés de 8 à 23 ans, tous recrutés pour leur sens du rythme et leur envie de chanter, arrivant pour 60% de ZEP (zones d’éducation prioritaire). Avec des horaires aménagés entre études et musique, ces apprentis-chanteurs se forment à la technique vocale, la maîtrise scénique mais aussi la posture, la gestion du trac et l’entrainement de la mémoire.

Et pour leur concert de fin d’année, alors qu’ils se réunissaient pour la première fois depuis le début du confinement, ils ont proposé un programme sensible et beau, composé d’hymnes à l’amour de différents styles, de Chagrin d’amour à Only you en passant par If Love’s a Sweet Passion de Purcell…

Évidemment, c’est un peu étrange de se retrouver sur scène, masqué et assis sur une chaise pliante. On regrette la foule dans le hall, la pénombre complice, le partage d’accoudoir avec un inconnu, bref, tout ce qui fait la magie du spectacle.

Toute la magie du spectacle ? Pas tout à fait. Il en reste une, essentielle, qui a réussi à passer mercredi soir à l’Opéra Comique, malgré ces conditions étranges : celle de la prestation artistique réussie, quand l’émotion vous prend par surprise, qu’elle vous étreint, vous fait frissonner et venir les larmes aux yeux. Une émotion générée par ces enfants et ces jeunes, spatialisés, répartis dans le parterre et aux balcons, faisant converger leurs regards et leurs attitudes vers Sarah Koné, leur charismatique chef de choeur, et chantant admirablement, avec des voix fraîches et un engagement désarmants. Malgré la distance j’ai vu mon voisin le plus proche (à un mètre), impeccable dans son costume cravate, pleurer à chaudes larmes…

Pour voir la retransmission de ce concert sur CultureBox, c’est par ici !