NOUVEAUX FORMATS – Quelle réflexion a fait naître le confinement ? Avec « Résonances », mini série vidéo en quatre épisodes, l’Ensemble intercontemporain fait « résonner » cette expérience en musique, autour de quatre thèmes : la mobilité, le temps, le silence et la réinvention de nouvelles façons d’être et d’agir.

Du 17 mars au 11 mai 2020, la France a connu un évènement étrange que l’Histoire nommera peut-être « le Grand confinement ». Au-delà de la France, cette restriction de déplacements et de contacts humains a touché une large part de la population mondiale. Des mélomanes et des musiciens de toutes nationalités ont vécu la réduction drastique des échanges musicaux, des concerts, des festivals… Pour y réfléchir, l’Ensemble intercontemporain propose un cheminement musical en quatre vidéos intitulé « Résonance ».

« Face à une situation inconnue, qui s’est imposée à nombre d’entre nous, la question s’est posée : « peut-on penser aujourd’hui en musique ? », raconte Luc Hossepied. Une réflexion menée avec la violoniste Marina Chiche, qui présente les vidéos et conduit l’écoute de l’internaute, se développe à travers quatre thèmes : la mobilité, le temps, le silence et la réinvention de nouvelles façons d’être et d’agir.

Les musiciens de cette institution musicale incarnant l’innovation et la réflexion ont, spontanément et avec passion, saisi la question. En quatre jours, ils ont proposé les partitions qui répondaient le mieux à leurs cheminements intimes pendant les 55 jours de confinement. Ils se sont retrouvés sur la scène de la Cité de la Musique à Paris pour enregistrer ces vidéos. « Nous ne voulions pas faire du remplissage mais faire résonner ce qu’on a vécu », poursuit Luc Hossepied. « Béla Bartók, György Ligeti, Charles Ives, Steve Reich, Unsuk Chin… ces compositeurs de notre temps créent une réflexion avec les thèmes de notre quotidien. Ils entrent en résonance avec nous. »

« La musique dans ses différentes évolutions a souvent été un lieu d’expérimentation, d’utopie, de possibles, explique en introduction la violoniste Marina Chiche. Peut-elle nous aider à ressentir ce que nous avons vécu ? », interroge-t-elle en introduction du premier épisode. Cet épisode a pour thème l’immobilité et le mouvement à travers les musiques de Steve Reich, György Ligeti, Béla Bartók, Sándor Veress et Unsuk Chin.

Dans le deuxième, la violoniste résume les enjeux : « la musique se déploie dans le temps mais le temps se déploie aussi dans la musique ». Ce processus complexe et un peu mystérieux est incarné par les musiques de Kaija Saariaho, Charles Ives, Olivier Messiaen et Isabel Mundry. « Sans forcer sur l’aspect pédagogique – ce n’est pas son ambition-, cette série de vidéos propose une expérience, une mise en condition de la réception des œuvres », souligne Marina Chiche.

Le troisième épisode met le silence au cœur de l’expérience musicale. Longtemps, on a opposé la musique et le silence : l’un cédait sa place à l’autre, et réciproquement. Si certains compositeurs ont joué avec cette alternance, il faut attendre les créateurs du XXe siècle pour bousculer la place du silence dans la musique. Avec les miniatures de Weber ou Kurtag, les solistes de l’Ensemble intercontemporain soulignent comment le silence devient matière première de la musique, tantôt pour induire une plénitude tantôt pousser l’auditeur à « tendre l’oreille » vers d’infinis pianissimi…

Frottons, tapons, caressons, grattons : le dernier épisode de la série « Résonances » explore de nouvelles manières de jouer les instruments de musique. Les compositeurs de la modernité ont pris une joie mutine à réinventer les « modes de jeu » à l’image de la « Toccata » pour piano de Francesco Filidei : une pièce rythmée et virtuose dans laquelle aucune touche du clavier n’est appuyée ! Filidei comme Matthias Pintscher, Heinz Holliger, Jacob Druckman, Noriko Baba, Yann Robin et le pionnier John Cage imaginent le monde musical autrement. Comment ? Simplement en utilisant l’objet du quotidien – l’instrument de musique vu et revu – d’une manière extra-ordinaire. Une plongée dans l’inouï, au sens propre du terme.

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