COMPTE-RENDU – Un espoir époustouflant, un talent en confirmation et une valeur sûre : la journée Liszt du 5 août à La Roque d’Anthéron a tenu toutes ses promesses.

Gabriel Stern, un espoir époustouflant

Gabriel Stern a 27 ans. Grand, calme et solide, le pianiste a réalisé une prouesse d’envergure, pour son premier récital au festival de piano de La Roque d’Anthéron : interpréter les 12 études d’exécution transcendante de Liszt, précédées du Sonnet 104 d’après Petrarque et du Penseur, extraits de la Deuxième année de pèlerinage (Italie), ainsi que de Funérailles, extrait des Harmonies poétiques et religieuses. Le tout pendant plus d’une heure et demie, sous la conque acoustique du Parc Florans, à 10h du matin et par une température déjà très conséquente !

Dès le début il a posé le ton de son récital : une aisance physique et une grande concentration pour cheminer brillamment jusqu’à la 12 ème étude, les 3 pièces initiales servant de « mise en jambe » avant ce cycle si redouté et redoutable.

Et le public ne s’y est pas trompé, ne se contentant d’applaudir qu’entre Funérailles et les Études, avant d’exploser en applaudissements chaleureux, nourris et respectueux, une heure plus tard. Gabriel Stern m’a avoué, à l’issue du concert, avoir accueilli avec reconnaissance ces applaudissements, venant d’un public aussi averti que celui de La Roque d’Anthéron.

Gabriel Stern, crédit photo Christophe Grémiot

Il m’a également confié s’être entraîné à deux reprises à enchaîner trois fois d’affilée le programme, pour assurer une sécurité physique, afin de parfaire sereinement en direct les recherches de phrasé et de sonorité. Cette humilité, ce talent et ce dépassement de soi chez Gabriel Stern, âgé seulement de 27 ans, sont tout simplement époustouflants.

Voici un nouveau futur grand. René Martin a décidément du flair, et je me suis laissé dire que Gabriel Stern allait arriver chez le label de disques Mirare, pour les 12 Études d’exécution transcendante justement…

Tanguy de Williencourt, un talent qui se confirme

Espace Florans, crédit photo Christophe Grémiot

Tanguy de Williencourt, à 30 ans, a déjà un bon début de carrière, avec notamment un enregistrement remarqué des Bagatelles de Beethoven. Son récital à La Roque d’Anthéron se déroulait à 17h, sous l’ombre bienfaisante des platanes séculaires du Parc Florans, où convergent huit sources, fait rarissime en Provence.

Tanguy de Williencourt, crédit photo Christophe Grémiot

En interprétant l’ensemble des pièces composant la Première année de pèlerinage (Suisse) de Liszt puis le Prélude, choral et fugue de César Franck, avec de la maturité, une détente et un plaisir dans son jeu, il a confirmé avec brio sa capacité à déployer son talent.

Arcadi Volodos, la valeur sûre

Arcadi Volodos, crédit photo Christophe Grémiot

Retour à l’Auditorium Florans, pour le grand récital du soir, celui du Russe Arcadi Volodos, pointure internationale de 48 ans.

Avec le 2e Ballade et Saint François d’Assise, la prédication aux oiseaux, de Liszt, précédant la Marsch, extraite des Bunte Blätter, et la Grande humoresque, de Schumann, on était là dans le grand répertoire pour piano, interprété par un soliste de tout premier plan.

Hélas, la magie n’est pas passée. Certes les oeuvres ont été interprétées avec maîtrise, brio et une évidente facilité technique, mais il manquait ce je-ne-sais-quoi d’indéfinissable, qui aurait rendu ce moment unique. S’agit-il du syndrome du pianiste « tennisman », habitué à se produire dans les lieux les plus prestigieux, mais au jeu un peu mécanique ? Même ses cinq -tout de même !- bis semblaient ternes, avec des décalages rythmiques ou stylistiques semblant traduire une certaine usure de l’interprète…

Le festival dure jusqu’au 21 aout. Retrouvez toute la programmation ici.