COMPTE-RENDU – La musique comme baume au cœur du public et comme bouffée d’oxygène pour des artistes en manque de concerts : ainsi se résume l’édition 2020 festival 1001 Notes en Limousin. Nous y étions.

Médias et réseaux sociaux ont largement relayé les conséquences de la pandémie de la Covid-19 sur le monde culturel. On a parlé chiffres, manque à gagner, année blanche…, mais on a peu parlé de l’impact psychologique de cette crise sur le public et les musiciens. Le festival 1001 notes en Limousin, du 1er au 9 août dernier, a eu cette intuition : « Il fallait faire ce festival, il fallait donner de la musique, tout simplement « , résume avec un pincement dans la voix le militant Albin de la Tour.

Albin de la Tour (à droite), directeur artistique de 1001 notes

Le directeur artistique du festival s’est fait le relais des artistes qu’il a invités : de la chanteuse Isabelle Georges au guitariste Thibault Cauvin en passant par les pianistes Nicolas Horvath et Simon Ghraichy, tous ont témoigné de cette traversé du désert qu’a représenté le printemps 2020. Simon Ghraichy a vu ses concerts s’annuler à mesure que la pandémie grandissait : d’abord en Italie (un récital à Milan), en Allemagne (comme soliste du Staatstheater Saarbrücken) et Paris (son concert annuel au Théâtre des Champs-Élysées). « J’ai été très affecté par les annulations, témoigne Simon Ghraichy. Après la tristesse des premières semaines est venu un temps où j’ai pris les choses avec philosophie : voilà du temps pour travailler de nouveaux répertoires. Mais quand la vie sans concerts a duré, qu’ils ont repris mais avec des formats bizarres (plus courts, avec masques, devant des petites jauges), je me suis dis « ce n’est pas la vie que j’ai choisie ! » La surprise des festivals qui réussissent à se maintenir pendant l’été est une bénédiction. « Pendant le temps du concert, on oublie la pandémie », témoigne l’artiste, qui a donné au festival 1001 notes un vibrant récital de transcriptions d’opéras par Liszt. On sentait toute l’énergie des retrouvailles avec le public !

Simon Ghraichy ©Amelin Chanteloup

Le festival 1001 Notes est devenu naturellement un festival pour se faire du bien, pour guérir même. Pour preuve : une tente de cirque était montée sur la grande pelouse du festival pour accueillir de la musicothérapie : des moments de méditations, de yoga ou de sophrologie ! Les séances étaient accompagnées en musique par certains artistes du festival. Quel joie pour l’auteure de ces lignes de ne pas subir les pseudo-compilations de relaxation (bruits d’oiseau et flûte de Pan !) mais des improvisations autour des gymnopédies de Satie ou de préludes de Bach par le pianiste Sylvain Griotto. L’expérience a visiblement enchanté thérapeutes, professeurs, publics ET musiciens ! Ces moments hors cadre faisaient écho aux nombreux concerts de Nicolas Horvart autour de Philip Glass. Sa passion pour ce compositeur fait de lui un passeur magnifique de l’énergie spirituelle et kinesthésique de ce répertoire. (lire aussi ici)

©Amelin Chanteloup

Les concerts auxquels l’auteure a assisté étaient sur la même ligne : la joie et le bien-être. Les Curious Bards, ensemble spécialiste de la musique irlandaise baroque (lire ici), ont ainsi présenté leur dernier programme : des chansons irlandaises ET écossaises du XVIIIe siècle. Les novices (fan de la série Outlander qui se passe en Écosse d’avant la bataille contre les Anglais !) ont gaiement taper du pied en écoutant ces chansons à boire, ces gigues, ces récits fleuris de bergers amoureux ou ces danses sexuelles typiques de cette tradition de fabuleux noceurs que sont les Irlandais. Les amateurs du baroque auront apprécié la qualité des partitions. « Les sources sont anglaises car les copistes de ces mélodies sont anglophones mais nous avons trouvé quelques mélodies chantées en gaélique », précise Alix Boivert, violoniste et meneur des Curious Bards, à qui l’ont doit la redécouverte de ce répertoire. Tous auront apprécié le sourire des musiciens sur scène (pas si courant !) et le talent de comédienne de la mezzo-soprano Ilektra Platiopoulou et son One bottle more, chanson de beuverie.

Ilektra Platiopoulou, mezzo-soprano ©Amelin Chanteloup

« Vous êtes de vrais spectateurs alors ? On peut vous toucher ? Ah non …. c’est vrai ! » s’amuse Isabelle Georges en découvrant le public, masqué (même si le concert a lieu en plein air), distancé et bravant la chaleur (le « jazz hot » me direz-vous !). Accompagnée de son fidèle crooner Frederik Steenbrink, la pétillante chanteuse a déroulé « Lumières sur Broadway », un best-of de chansons de comédies musicales et de films (My Fair Lady, Victor Victoria, Over the Rainbow), agrémenté de claquettes et de paillettes. Rien ne vaut la comédie musicale pour transmettre la joie, même quand les vents sont contraires. Ils auraient pu chanter There’s no business like show business (« rien ne veut le show business ») mais ont préféré That’s Entertainment (« C’est ça le divertissement »). Ni Mary Poppins ni Blaise Pascal ne les contrediront.

Isabelle Georges ©Amelin Chanteloup