COMPTE-RENDU – Quelle troublante expérience que celle de l’édition 2020 du Festival de La Grange de Meslay, en Touraine. Troublante, non pas parce que troublée. Au contraire, « la Grange » semble être un lieu que rien n’arrive à tourmenter, même pas une pandémie. Récit.

Récemment, une étude scientifique allemande tentait de démontrer que le risque de création d’un cluster de Covid-19 dans un théâtre où se jouait de la musique classique était infime, avec comme argument principal le comportement du public lors de ce genre de concert, public issu d’un champ social bien spécifique. Ce papier fût rapidement relayé et discuté en dehors du cadre de publication initial – comprenez : sur les réseaux sociaux, laissant de côté les hypothèses et limitations décrites par les auteurs de l’étude, notamment en termes géographiques, donnant ainsi aux conclusions de l’article une portée qui les excluait du champ de la science. De fait, même au sein d’un unique pays, il paraît difficile d’établir une analogie entre le comportement du public de la Philharmonie de Paris, qui pratique une politique volontariste d’ouverture sociale et une programmation composite, et celui du festival de la Grange de Meslay, qui est traditionnellement ancré dans un territoire et propose une programmation consacrée.

Cette année, « La Grange » n’a pas dérogé à ces deux règles. Nous avons ainsi principalement entendu du Beethoven, du Bach, du Schumann, du Schubert et du Haendel. Par ailleurs, le public – présent en masse – était à l’évidence composé de fidèles. Des connaisseurs, également. Et des gentlemen/women, se comportant avec respect et déférence. Avant chaque concert, la présidente de l’association organisatrice de l’évènement ajoutait aux traditionnelles préventions concernant les sonneries de téléphones et les flashs des appareils photo une mention sur la distanciation et le port du masque. Tout sauf une révolution. Pendant les concerts, le public s’est comporté comme les autres années : avec calme et concentration. Peut-être même avec plus de calme qu’habituellement, aucune toux ne venant contrarier l’écoute attentive. Sans doute une conséquence de l’effet humidificateur du masque sur la gorge… Les artistes – Nicholas Angelich, Lucas Debargue, le Quatuor Modigliani, entre autres – purent ainsi donner le meilleur d’eux-mêmes. Après les concerts, aucun regroupement à signaler, si ce n’est ceux des poules venant picorer aux pieds des mélomanes.

Si la décision de conserver l’édition 2020 du festival de la Grange de Meslay fût courageuse (nous la saluons !) et son format adapté à la situation sanitaire, l’expérience vécue fût quant à elle conforme à la tradition du festival créé en 1963 : des interprètes d’envergure internationale jouent le « grand répertoire » face à un public gourmet et assidu. Seule singularité du weekend : la découverte de Varvara, une (très) grande pianiste, (très) peu programmée en France. Mais de Varvara, nous reparlerons bien vite, à n’en point douter.