Londres et l’Europe : l’attelage baroque de La Rêveuse

CD – On aime le dernier-né de l’ensemble La Rêveuse, Corelli’s Legacy. Ce deuxième opus de sa saga londonienne plonge l’amateur de baroque dans la découverte de pièces rares et surprenantes.

Dans la production baroque d’aujourd’hui, certains musiciens proposent des programmes intelligents, qui racontent l’Histoire en plus d’inviter à un voyage sensible : Hespérion XXI, Pygmalion ou encore Arpeggiata, pour ne citer qu’eux. Loin de passer en revue les chefs-d’œuvre courus, cette mode bienvenue renouvelle les codes et nous rapproche d’une musique qui pourrait flétrir si on ne la cultivait pas. Corelli’s Legacy, de l’ensemble La rêveuse, s’inscrit dans ce mouvement. 

Il s’agit en réalité du deuxième opus de la saga londonienne entamée en 2019 (chez Mirare) par l’ensemble, qui s’est associé pour la première fois avec le label Harmonia Mundi. Ce tome 2 met à l’honneur les compositeurs héritiers du grand Corelli, dont le style a fait école partout en Europe au début du 18e siècle, et singulièrement à Londres. Le livret nous apprend qu’à cette époque, Londres était un refuge prospère pour les musiciens de tous horizons, pour la plupart des virtuoses italiens attirés sur les bords de la Tamise par la soif d’exotisme latin du public londonien. Londres fût un temps une place forte de la musique européenne ! Le rapprochement avec l’actualité brûlante est très tentant, mais ne faisons pas de mauvais rapprochement.

Benjamin Perrot et Florence Bolton

C’est pour qui ?

Cet enregistrement s’adresse à un public convaincu et amateur du répertoire ancien. Si votre rapport au baroque se limite au concert annuel que vous concédez à votre meilleur ami pour lui faire plaisir, passez votre chemin. Ce n’est pas avec ce disque que vous aurez la révélation. Si au contraire vous êtes le meilleur ami en question, vous trouverez votre bonheur dans la découverte de pièces rares et surprenantes. Vous ne manquerez pas d’y entendre l’influence du style italien du XVIIIe suggérée avec un flegme tout anglais par la viole élégante de Florence Bolton. La présence affirmée à la basse continue du théorbe de Benjamin Perrot marque un choix artistique fort, et achève de donner à ce disque un accent résolument british qui, pour le dire franchement nous a réconcilié avec la production d’outre-manche de cette époque. Nul n’est prophète en son pays, isn’t it ?

Pourquoi on aime ?

  • Pour la découverte de deux œuvres originales de Georg Friedrich Haendel, dont cette très belle sonate pour viole de gambe en ré mineur. On en reprend !
  • Le théorbe de Benjamin Perrot. Il met un peu d’animation dans un répertoire qui en a parfois besoin. 
  • L’intelligence d’un programme qui résiste aux a priori et nous fait découvrir une autre Londres.