Fatma Saïd : Une lumière dans les 1001 nuits

CD – La jeune soprano égyptienne sort son premier disque : un bijou ! À la croisée des cultures musicales, El Nour brille de beauté, de découvertes et d’actualité.

Il y eut un temps où la Méditerranée était autre chose qu’une frontière entre deux mondes. Un temps où les vagues de l’esprit humain parcouraient sans limite un espace commun au lieu de se briser sur le mur d’une ignorance mutuelle. Un temps où l’échange était le maître mot, et où l’on s’échangeait plus de biens que de coups. D’une rive à l’autre, le commerce florissant faisait voyager hommes et marchandises. Les merveilles des uns faisaient les découvertes des autres et parmi elles : la poésie et la musique. Deux phares qui, par leur pouvoir secret de traverser les langues pour se nicher droit dans le cœur, n’ont cessé d’éclairer une mer qui, petit à petit, est devenue nôtre.

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Les artistes qui incarnent aujourd’hui cette lumière ne sont pas légion. Ils en sont d’autant plus précieux. Ainsi, Fatma Saïd, soprano égyptienne de 29 ans est entrée tambour battant sur la grande scène classique européenne, il y a deux ans, à l’occasion d’un récital mémorable au Wigmore Hall de Londres. Elle y a conquis le public par sa générosité (plus de deux heures de concert !), la plasticité de sa voix et la richesse de son répertoire.

La voilà qui réitère avec El Nour (la lumière, en arabe) un album sublime, paru chez Warner le 16 octobre 2020. S’engouffrant dans la brèche ouverte il y a quelques années par le Mozart l’égyptien de Hugues de Courson, elle opte pour un programme tout en métissage, dosant avec habileté le répertoire classique français (Ravel, Berlioz et Bizet), la canciòn espagnole (Lorca, De Falla et Obradors) et les « tubes » du chant arabe (El Helwa di, entre autres).

Tantôt accompagnée par un pianiste classique (le grand Malcom Martineau), un pianiste jazz, une joueuse de ney (flûte égyptienne) ou un guitariste espagnol, sa voix épouse chaque registre avec un goût rare. El Nour est donc une œuvre collective dans laquelle interviennent plus de dix musiciens différents : on est loin du « simple » récital chant-piano.

La soprano Fatma Saïd entourée de sa troupe de musiciens de tous horizons.

Chaque compositeur, chaque style, chaque texte y est défendu avec une conviction et un naturel déconcertants qui donnent beaucoup de crédit au projet. Nos oreilles « classique » accueillent très bien l’accompagnement à la flûte arabe de la Shéhérazade de Ravel qui devient un enrichissement plus qu’un arrangement. Un exemple parmi tant d’autres dans ce programme qui nous prouve que le métissage n’est pas qu’un mot à la mode. 

C’est pour qui ?
Si vous êtes un amoureux des mélanges en musique, cet album est fait pour vous. Plus que ça, il deviendra votre disque de chevet. Si au contraire vous avez toujours été sceptique devant ce type de démarche nous vous en conjurons, donnez une chance à El Nour car il est bien possible qu’il vous fasse changer d’avis. On parie ?

Pourquoi on aime

  • Pour sa résonance avec le contexte actuel qui fait de ce disque un vibrant hymne à la paix. Il est rare que la musique classique éclaire notre époque de cette façon…
  • Pour la découverte inouïe (au sens propre !) de trois Canciones composées par le poète Federico Garcia Lorca (si si !), dont la jouissive Viva Sevilla !
  • Pour le naturel de chaque interprétation, dans un programme si divers.
  • En fait, pour à peu près chaque morceau de ce disque. Oui, vous l’aurez compris, on aime. On aime beaucoup.