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Le Palazzetto refait vivre L’Île du rêve de Reynaldo Hahn

CD – Envie de voyage ? Le Palazzetto Bru Zane sort de l’oubli L’Île du rêve, court opéra en trois actes du compositeur Reynaldo Hahn, débordant d’exotisme Belle Époque et de couleurs musicales.

Il est assez rare pour une fondation d’être attendue à chacune de ses publications. Habituellement éclipsées par les têtes d’affiche qu’elles mettent en avant, ces maisons toutes prestigieuses soient-elles vivent bien souvent dans l’anonymat d’un logo relégué en bas de page du livret. Le Palazzetto Bru Zane échappe à cette règle. Depuis 2009, cette fondation pour le rayonnement de la musique française du XIXème siècle réussit le tour de force de se sortir de l’anonymat habituel des mécènes, et d’entraîner avec elle les œuvres au service desquelles sa fondatrice, Nicole Bru, a décidé de mettre ses moyens logistiques et financiers.

Depuis son palazzetto vénitien, la fondation œuvre à la restauration du patrimoine musical français, comme une petite villa Médicis, en ressuscitant des pièces lyriques tombées dans l’oubli. Non pas parce qu’elles sont médiocres, mais simplement parce qu’elles ne correspondent plus aux standards des opéras modernes. 

L’ïle du rêve, un court opéra en trois actes remis au goût du jour par le Palazzetto Bru Zane.

C’est précisément le cas de cette Île du rêve de Reynaldo Hahn, remise au répertoire dans un livre-disque paru le 23 octobre. Jusque-là on ne connaissait du compositeur franco-allemand (et de mère Vénézuélienne !) que des mélodies, un peu de musique de chambre et une opérette, Ciboulette, elle aussi assez peu entendue de nos jours. Trop courte pour être jouée à l’opéra, cette partition créée à Paris en 1898 a pourtant toutes les qualités d’un spectacle de la Belle Époque : une jolie histoire d’amour, un décor exotique et un livret tiré d’un roman à succès. Le roman à succès c’est le Mariage de Loti de l’écrivain-explorateur Pierre Loti et l’histoire d’amour, celle d’un marin en expédition et d’une jeune Tahitienne tiraillée entre son amant et son pays natal. Le thème est assez banal certes (même Disney en a fait sa Pocahontas…), mais la mièvrerie assumée devient une douce grâce dans l’orchestration colorée de Reynaldo Hahn, qui mêle thèmes musicaux polynésiens et harmonies toutes françaises dans un savant métissage. Une piña colada sur les Grands Boulevards…

C’est pour qui ?

Une des particularités du style de Reynaldo Hahn c’est aussi cette forte influence de la musique du XVIIIème siècle, très rare à une époque où les compositeurs s’inspiraient plus volontiers de musique orientale. Le prélude du deuxième acte ressemble incroyablement à une ouverture de Haendel ! Voilà qui a sans doute conduit le Palazzetto Bru Zane au choix d’Hervé Niquet pour la direction musicale. Les fans du Concert Spirituel seront ravis de découvrir leur chef baroque préféré dans un répertoire nouveau. 

Ce disque devrait aussi vous plaire si vous êtes un inconditionnel de l’opéra français et que vous en avez marre de vous repasser en boucle les éternels Pêcheurs de Perles ou autres Lakmé. L’Île du rêve en est en quelque sorte une version de poche, que vous accueillerez comme on accueille un inédit des Beatles ou un nouveau Pollock sorti d’une collection privée.

À l’inverse, on peut aussi voir ce court échantillon d’opéra français comme une excellente porte d’entrée à ceux pour qui opéra français veut dire sieste de trois heures sur un fauteuil de velours. Avec sa jolie histoire d’amour et ses chants traditionnels, ce “nouveau” Reynaldo Hahn est une dose homéopathique de rêve, qu’on a hâte de retrouver un jour sur scène…

District d'Afareahitu, île de Moorea - Pierre Loti (1872) - Médiathèque  Historique de Polynésie Française - MHP
Dessin de Pierre Loti, écrivain-voyageur dont le roman a inspiré le livret de l’Île du rêve. Vue de l’île polynésienne de Moorea, 1872.

En bonus

Cerise sur le gâteau, ce disque sort en même temps qu’un enregistrement de musique de chambre du même compositeur par le quatuor Tchalik, également soutenu par la fondation Bru Zane. Des oeuvres rares qu’on ne joue presque jamais et qui viennent compléter le « cycle » Reynaldo Hahn du Palazzetto.

Pourquoi on aime

  • Pour l’originalité d’une parution qui nous fait connaître un peu plus un compositeur qu’on adore.
  • Pour la qualité d’interprétation des solistes. Il n’y a rien de plus difficile que de (re)créer un rôle dans une pièce dont le compositeur est mort depuis bientôt quatre-vingts ans.
  • Pour l’ambiance exotique et l’orchestration colorée qui nous fait traverser le Pacifique en moins d’une heure !