CD – Après quinze ans d’une carrière internationale hors-norme, la mezzo-soprano Elīna Garanča se risque (enfin ?) au difficile répertoire du Lied, avec un enregistrement Schumann-Brahms. Une musique intime et un classique du genre, que nous avons écouté pour vous.

L’album n’a pas de titre. Tout juste nous indique-t-il par un sibyllin Lieder le répertoire qu’il présente. La pochette se contente d’une simple photo en noir et blanc, sobre, surmontée du logo emblématique de la Deutsche Grammophon (l’équivalent dans la musique classique des lettres d’or de la 20th Century Fox). Pourquoi si peu de mise en scène, quand la mode d’aujourd’hui est aux pochettes rutilantes et aux noms accrocheurs ? Parce que la grande Elīna Garanča n’a pas besoin de ça. Quand elle sort un disque on l’achète, point. La mezzo-soprano lettone est de ce club là. Le club des “j’y vais les yeux fermés”. Yeux fermés, mais oreilles grandes ouvertes !

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Pochette sobre, photo en noir et blanc, l’album Lieder d’Elina Garanča a tout des enregistrements classiques de la Deutsche Grammophon

Pour ceux de nos lecteurs qui ne la connaîtraient pas, Elīna Garanča est une des grandes chanteuses de notre temps. Sacrée “meilleure Carmen de ces vingt-cinq dernières années” par le New York Times, elle a construit sa légende sur scène, dans les grands rôles du répertoire lyrique, puis, petit à petit, dans les plus prestigieuses maisons d’opéra. Elle collectionne les albums solo depuis plus de dix ans. Mais pour parfaire sa carte de visite, il manquait un enregistrement de Lieder, répertoire incontournable d’une voix complète. Alors pourquoi attendre tout ce temps ? 

Une raison personnelle peut-être ? Sa mère était une spécialiste du genre et on comprendrait bien que la jeune Elīna ait voulu se faire connaître autrement. Ah l’héritage… Plus sérieusement, le Lied est un répertoire qui exige une grande finesse d’interprétation, une palette de couleurs très riche, une capacité de nuance et une intelligence de la ligne de chant que n’ont pas en général les voix larges comme celle d’Elīna Garanča, plutôt taillées pour les salles de 2 500 places et les orchestres de 90 musiciens. Un impératif de puissance qui se heurte à l’intimité de compositeurs qui préfèrent le murmure à la clameur. 

Mais, en choisissant Les Amours et la vie d’une femme du délicat Robert Schumann, la star ne s’est pas facilité la tâche. Ce cycle raconte une vie amoureuse, de la rencontre jusqu’à la séparation, la mort (et l’au-delà ?) dans huit poèmes courts et contrastés. Il faut donc être capable de passer d’une émotion à une autre en quelques instants, parfois même en une respiration. Et si l’éclat jubilatoire de la voix sert la musique dans les passages enflammés, elle nous fait parfois manquer quelques inflexions, quelques nuances attendues. Heureusement, Malcolm Martineau est là pour les suggérer et créer le contraste dans une musique où le piano est un protagoniste à part entière. Le pianiste nous confirme qu’il est bien un musicien accompli et un accompagnateur de génie. C’est ici par la compensation que vient l’équilibre.

En parlant de compensation, le duo de musiciens a très intelligemment choisi des pièces de Brahms pour agrémenter le cycle de Schumann. Plus lyriques (plus longs aussi !), les Lieder de Brahms vont bien à la voix ample de Garanča et l’accompagnement riche du piano s’accorde cette fois parfaitement avec sa puissance et la richesse de son timbre. Et curieusement, c’est dans cette richesse que l’on retrouve les nuances et le relief qui nous manquaient pour Schumann. Alors à quand un album Mahler-Strauss avec orchestre symphonique ?

Elīna Garanča on tour (@elinagarancaOT) | Twitter
Elina Garanča en enregistrement avec Malcolm Martineau en 2020

C’est pour qui ?

Pour un public qui préférera toujours le timbre et l’éclat de la voix, à sa cohérence avec le répertoire. Et on les comprend quand cette voix est celle d’Elīna Garanča…

Pourquoi on aime ?

  • Parce qu’on aime Elīna Garanča et qu’on la retrouve égale à elle-même : éclatante, puissante et techniquement parfaite. Presque un peu trop parfois…
  • Pour le charme désuet d’un enregistrement de la Deutsche Grammophon : une chanteuse star, un répertoire de grands classiques et une sobriété bienvenue.
  • Pour le choix bien avisé de Malcolm Martineau au piano qui donne ses lettres de noblesse au dur métier d’accompagnateur. Il est partout en ce moment, et on comprend pourquoi. Une carrière solo Malcolm ?

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