« Kaamelott », la musique avant l’image

CRITIQUE – A cause de la Covid-19, la sortie du film « Kaamelott, premier volet » d’Alexandre Astier a été repoussée, mais pas la sortie de sa bande originale ! Elle est signée par le réalisateur lui-même… ce qui permet de se prêter à l’exercice passionnant d’écouter une musique pensée sur des images, sans ces dernières.

Tout amateur de musique de film sait qu’une B.O. doit pouvoir s’écouter pour elle-même : personne ne se pose la question lorsqu’il s’agit d’un ballet de Prokofiev ou Tchaïkovski dont la musique a été écrite à la mesure près pour coller à une chorégraphie. Appliquons donc cette maxime à la partition de Kaamelott, premier volet d’Alexandre Astier, cinéaste-compositeur.

Il faut avant tout saluer une prouesse : voici une grande partition symphonique écrite pour le cinéma français et enregistrée par un orchestre français dans son auditorium. Alexandre Astier a fait appel à l’excellent Orchestre national de Lyon, où il habite, plutôt que d’aller enregistrer chez un énième orchestre des pays de l’Est, sûrement moins cher mais à la sonorité et au travail d’ensemble bien moins intéressant. Un tel album de musique de film en France aujourd’hui est un exploit en soi.

Cinéaste-compositeur
Astier fait partie de ces cinéastes-compositeurs, à l’instar d’un Alejandro Amenabar en Espagne ou d‘un John Carpenter aux États-Unis, qui juge qu’on est « jamais mieux servi que par soi-même ». Et il a bien raison. Le résultat est une musique extrêmement contrastée, qui va de la grande orchestration riche et complexe jusqu’à l’intime du piano solo (Arthur à la tour) en passant par l’utilisation d’instruments comme le cymbalum ou le théorbe, idéal pour donner une couleur plus marquée historiquement mais sans jamais tomber dans le pastique « musique ancienne ».

On n’échappe pas à certains clichés de la musique d’accompagnement de scènes d’action (les ostinatos de cordes doublés aux percussions par exemple) mais ces pages de Kaamelott, premier volet sont écrites avec goût. Un bémol ? Il manque néanmoins un vrai thème fort restant dans les mémoires… car la fameuse sonnerie des cors du générique de la série est, disons-le, plus une signature sonore qu’un vrai thème.

Arrêtons-nous aussi sur la participation de l’excellent chœur Ostinato de Nicole Corti pour un moment de grâce pur, d’une écriture vocale qui regarde à la fois vers les chœurs de Brahms et les chants orthodoxes (Juste Judex).  Cette pièce sublime résume à elle seule l’ambition d’Alexandre Astier : Kaamelott n’est pas juste un petit programme court, drôle et spirituel, pensé pour la télévision, c’est beaucoup plus subtil et profond que cela et cette bande originale, qui pourrait être celle d’un grand film d’aventure épique, nous donne encore plus envie d’en voir le film.

L’AVIS DU FAN (ALIAS OLIVIER DELAUNAY)

Me pliant à l’avis expert de mon camarade et cinéphile en chef Benoît, je me joins à lui pour vous livrer les retours des fans de Kaamelott que nous sommes dans la rédaction. Adieu esprit critique et rigueur journalistique, bonjour cœur fébrile !

Sur une échelle de 1 à 12 (que seuls les vrais comprendront) :
De 1 à 3 : On en avait gros. Bon sang que c’est bon d’entendre les clairons dans un enregistrement inédit ! Non parce que franchement, se les passer chaque lundi soir sur une chaîne de la lointaine TNT, ça commençait à nous courir…
De 4 à 5 : Une vraie B.O., que l’on considère en tant que telle. On en a fait du chemin depuis les bandes-son du premier épisode. À entendre les motifs emblématiques de la série joués par un orchestre aussi bon que ça, on se dit qu’on a passé un cap. 
De 6 à 8 : On leur dit Zut ! Voilà qui clouera une bonne fois pour toute le bec aux chagrins qui prétendaient qu’Alexandre Astier n’était pas un “vrai” compositeur ; les mêmes qui étaient colère quand il s’est attaqué au sacro-saint Bach (lire notre interview ici) pour en faire un personnage de théâtre. Vous savez ce qu’on leur dit maintenant ?
De 8 à 10 : La botte secrète. Attention ! Ne faites pas la même erreur que nous. Il ne faut PAS lire le titre des pistes, on court un très grave risque de spoil… Pour que la surprise soit entière, demandez à quelqu’un de mettre le disque en route à votre place.
À 11 : Onze ans et vingt-huit jours. C’est le temps qu’on a attendu (et qu’on attend encore) pour voir Kaamelott au cinéma. Le dernier épisode du Livre VI nous promet que bientôt “Arthur sera de nouveau un héros ». Pardon hein, mais depuis tout ce temps, ce sont un peu nous les héros, non ? Voilà. Pardon.
Et seulement à 12 : On vous aime Monsieur Astier !

Alexandre Astier avec le chef Frank Strobel à l’auditorium de Lyon