© Ensemble Correspondances

L’ensemble Correspondances sur les pas de Charpentier en Italie

CD – Depuis 2009, l’ensemble Correspondances de Sébastien Daucé s’attèle à défendre la musique de Marc-Antoine Charpentier, compositeur contemporain de Lully qui a (trop ?) souvent souffert de la comparaison avec ce dernier. Pour ces Carnets de voyage d’Italie, ils nous font revivre le séjour d’un Charpentier en quête d’inspiration.

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Les Carnets de voyage d’Italie de l’ensemble Correspondances, un voyage musical en quatre étapes

Tout compositeur qui se respecte dispose de son interprète de référence. Bach a Glenn Gould, Vivaldi a Fabio Biondi etc. Marc-Antoine Charpentier n’a jamais eu la chance d’être servi avec autant de dévotion… Du moins jusqu’en 2009, année de création de l’ensemble Correspondances. Sous l’impulsion de son chef Sébastien Daucé, ils se sont lancés dans un travail de longue haleine, qui consiste à faire aimer, et plus que ça à faire comprendre, la musique d’un compositeur qui est longtemps resté dans l’ombre du grand Jean-Baptiste Lully.

Un road-trip musical

L’ensemble propose un nouveau disque, chez Harmonia Mundi, qui raconte le voyage de Charpentier en Italie. Une longue traversée de ville en ville (Venise, Florence, Bologne) qui a donné lieu à une Messe à quatre choeurs d’inspiration résolument latine. Le disque suit un itinéraire sur lequel, d’étape en étape, nous découvrons des oeuvres inouïes excavées par un véritable travail de musicologue et servies par une qualité d’interprétation vocale remarquable. Un road-trip en costume d’époque…

D’étape en étape, nous découvrons des oeuvres inouïes excavées par un véritable travail de musicologue et servies par une qualité d’interprétation vocale remarquable. Un road-trip en costume d’époque…

Outre la beauté et la « nouveauté » de son programme, un des grands intérêts de cet enregistrement réside dans l’éclairage historique qu’il apporte sur les influences des compositeurs baroques. On savait les échanges fréquents en Europe à cette époque, mais avec ce Carnets de voyage on les a sous les yeux, et on touche du doigt la réalité complexe de composition d’œuvres que la rareté des éditions nous avait éloignée. On apprend que le parcours de Charpentier en Italie a été pensé pour l’intérêt musical des villes, plus que pour la richesse de leur culture au sens large.

En revanche, rien ne dit que l’escale bolognaise n’a pas été l’occasion de profiter de la gastronomie locale… Ce qui est sûr, c’est que Charpentier a passé pas moins de cinq ans à Rome pour y parfaire son style. Peut-être plus un Erasmus qu’un road-trip finalement !

S. Luigi dei Francesi - a photo on Flickriver
L’église Saint-Louis-des-Français de Rome et ses 12 tribunes réservées aux chanteurs, théâtre des grandes oeuvres vocales qui ont certainement inspiré Charpentier pour sa Messe à quatre choeurs. © Flickriver
La Messe à quatre choeurs, pièce maîtresse du disque

Venons-en à la pièce maitresse du disque, cette Messe à quatre choeurs. En France, les exemples de polychoralité sont très rares. Charpentier ajoute à cette exception française en composant une messe à 16 parties, où il utilise toutes les combinaisons possibles qu’offre cet effectif. Il y ajoute, chose rarissime à l’époque, deux schémas expliquant les options possibles de spatialisation. A-t-elle jamais été jouée de son vivant ? Ce que semble suggérer ce disque en tout cas, c’est que l’idée lui soit venue au cours de ce voyage en Italie, et plus particulièrement à Rome où, disons-le, on avait pas peur du grandiose…

C’est pour qui ?

Les Carnets de voyage d’talie s’adressent à un public de curieux qui trouveront un enrichissement historique à la lecture du livret, indispensable pour se faire une idée précise de la musique qu’ils écoutent. De Rome à Paris, on se plaît à marcher dans les pas d’un compositeur innovant et à inventer sa musique avec lui, au fil des oeuvres qui l’ont construites, dans l’ombre de la cour de Louis XIV. Et si l’hégémonie de Lully dans la production baroque française agace, on trouve en Sébastien Daucé et ses chanteurs, des interprètes de grande qualité, en plus de fervents défenseur de la cause.

Aux admirateurs des oeuvres monumentales, la Messe à quatre choeurs de Charpentier, pièce maîtresse du programme, remplit les oreilles d’un contrepoint incroyable et d’effets musicaux rares pour l’époque, et très bien restitués par la prise de son. Pour que le spectacle soit complet, il faudrait l’entendre en concert, mais ça c’est une autre histoire…

Pourquoi on aime ?
  • Pour l’originalité du programme, qui complète les oeuvres de Charpentier par un habile jeu historique.
  • Pour la qualité musicale d’un ensemble qui n’a jamais dévié de son cap depuis 2009.
  • Parce que la magnifique musique de Charpentier mérite d’être défendue !
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Marc-Antoine Charpentier, Messe à quatre choeurs, Carnets de voyage d’Italie. Ensemble Correspondances, Sébastien Daucé, Harmonia Mundi, 2020.