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CRITIQUE – Classique mais pas has been a pu assister en exclusivité au concert du Philharmonique de Radio France ce vendredi 8 janvier, sous la direction de Mikko Franck et avec en soliste la pianiste Vanessa Benelli Mosell. Enfin un compte-rendu de concert ! À réécouter sur France Musique.

Le Concerto de Clara Wieck (future Schumann) contient-il “tous les poncifs du romantisme” ? Ce commentaire, entendu, vendredi 8 janvier, lors du concert (à huis clos) de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, est un bon prétexte pour défendre, une fois de plus, cette œuvre. Classique mais pas has been faisait partie de la dizaine de VIP autorisés à se glisser dans l’Auditorium de Radio France pour entendre les musiciens, dirigés par leur chef Mikko Franck, avec en soliste la pianiste Vanessa Benelli Mosell.

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La pianiste italienne est une grande militante de la musique moderne et contemporaine : elle a enregistré la musique de Maurice Ravel, Claude Debussy et Karlheinz Stockhausen. Elle a tout autant montré ses qualités de virtuose dans la musique de Rachmaninov ou encore dans son dernier disque, l’excellent Casta Diva, fait de transcriptions pour piano d’airs d’opéras, notamment de Liszt.

Romantique en mode mineur

Malgré un tempo un peu lent à nos oreilles, les premières mesures du premier mouvement attestent de son esprit “maestoso“, majestueux, et surtout de sa tonalité mineur (en la mineur précisément) premier poncif du romantisme. Prodige incontestée de l’Europe musicale de son temps, Clara Wieck a longuement étudié la musique de l’époque que nous qualifions de classique : Haydn, Mozart, Beethoven et Hummel. “Mon plus ancien souvenir de toi date de l’été 1828 : tu dessinais des lettres et essayais d’écrire pendant que j’étudiais le Concerto en la mineur de Hummel”, rappellera Robert Schumann à Clara Wieck au temps de leurs fiançailles. Si Clara, 11 ans alors, “essayait d’écrire” en 1828, elle va vite y parvenir : ses premières œuvres pour piano datent de l’année suivante et elle esquisse les thèmes de son concerto en 1830. À cette date, la tonalité mineur n’est pas encore un “poncif” du romantisme mais bien dans l’air du temps : les concertos de Chopin (en fa mineur et mi mineur) datent de 1829 et 1830 et le Concerto pour piano n°1 en sol mineur de Felix Mendelssohn de 1831.

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C’est d’ailleurs Felix Mendelssohn, fraichement nommé directeur musical du Gewandhaus de Leipzig, qui dirige l’orchestre lors de la création du concerto de Clara, le 9 novembre 1835, avec la compositrice (de 16 ans !) au piano. L’entrée de la soliste dans l’œuvre est fracassante. Être une jeune femme et se présenter en soliste dans son propre concerto représente un certain courage pour l’époque. Clara Wieck avait des capacités techniques extraordinaires (l’amplitude de ses mains était vantée par la presse) et Vanessa Benelli Mosell ne boude pas son plaisir en donnant toute sa force et la précision de son doigté pour faire entendre la voix de Clara. Et ce n’est pas une mince affaire que de suivre ses arpèges interminables, ses octaves furieusement crescendo ponctuées de douces envolées lyriques… Qu’ils sont merveilleux à entendre, ces poncifs du romantisme !

Elle fait taire l’orchestre

Trêve de plaisanterie : rendons à Clara l’insolence et l’inventivité de son deuxième mouvement. Pour sa romance centrale, elle bouscule les codes. Elle fait tout simplement taire l’orchestre pour se laisser jouer seule le thème poignant, déjà esquissé dans le premier mouvement. Et quand elle devrait poliment faire “rentrer” l’orchestre à nouveau, elle s’y refuse et n’invite qu’un seul instrument : le violoncelle. Pour cette sonate (ou ce concerto pour piano et violoncelle sans orchestre ?!), Vanessa Benelli Mosell ne semble pas autant emportée que son partenaire, le violoncelliste Eric Levionnois, qui donne sa pleine mesure à ce passage amoureux.

Emportés eux aussi, le Philharmonique de Radio France et Mikko Franck lâchent la bride pour le troisième mouvement Finale. Il faut reconnaître que la partie orchestrale n’est pas un grand défi (surtout pour un tel orchestre, que nous vous recommandons d’entendre dans une des autres pièces de la soirée, la Symphonie de chambre n°2 de Arnold Schönberg). Clara s’est réservée toute la brillance, la passion… et l’esbroufe. Son interprète de 2021, Vanessa Benelli Mosell possède, à n’en pas douter, l’énergie et le tempérament pour cela. On peut regretter qu’elle n’ajoute pas dans les passages tendres un peu plus de rondeur et de crème car parfois, il est bon de céder aux poncifs du romantisme.

Le concert était capté par France Musique qui l’a retransmis le soir-même : à écouter ici en Replay.